Fabulous Fifties

Titre Citizen KGallieraRobes “corolle” ou “en huit”, une même exaltation de la féminité

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la mode renaît sous l’impulsion de Christian Dior. À une femme-soldat solidement épaulée, le couturier oppose des tailles fines ouvrant sur silhouette en huit ou en corolle dont la quantité de tissus nécessaire à l’ampleur de la jupe scandalise jusqu’à provoquer des émeutes, comme à Montmartre lors d’une séance photo où des passantes se jetèrent sur les mannequins afin de déchirer leur robe. Mais ce New Look, dont le nom fut inventé par la rédactrice en chef d’Harper’s Bazaar Carmen Snow, n’est pas l’unique silhouette de la mode des Fifties, loin s’en faut. Âge d’or de la haute couture et début du prêt-à-porter griffé, cette décennie invente également la ligne Balenciaga, dite aussi “tonneau”, le tailleur droit et strict signé Chanel, ou encore la robe “sack” cher à Hubert de Givenchy et magnifiquement portée par Audrey Hepburn. C’est cette histoire riche et innovante autant que prestigieuse que le musée Galliera retrace à travers l’exposition Les Années 50 qui présente plus de 100 modèles et accessoires de mode confectionnés par les ateliers Jacques Heim, Schiaparelli, Pierre Balmain, Jacques Fath, Carven, Paquin, Lola Prisac, Robert Piguet etc. Une histoire très parisienne dans laquelle la capitale mondiale de la mode puise toujours et encore afin de se réinventer chaque saison.

R.M.

Les Années 50. La mode en France, 1947-1957. Palais Galliera. Musée de la mode de la ville de Paris. 10, avenue Pierre Ier de Serbie. Paris XVIe. Jusqu’au 16 novembre 2014. www.palaisgalliera.paris.fr

annees50-gallieraLe tailleur sous toutes les coutures

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North by Northwest

Titre Citizen KLa Mort aux trousses revient en salle mercredi en version restaurée. Ceux qui aiment Hitchcock prendront le train. 

Capture d’écran 2014-07-23 à 17.41.41Run Roger, run!

S’agissant de l’assassinat du publicitaire new-yorkais Roger Thornhill (Cary Grant), avait-on vraiment besoin d’un biplan d’épandage agricole équipé d’une mitraillette ? Du strict point de vue de l’économie de moyens mis en œuvre, une dose de poison ou un coup de revolver se seraient avérés moins dispendieux et sans doute plus efficaces. Mais la guerre froide mise en scène par Alfred Hitchcock dans North by Northwest (La Mort aux trousses en VF, 1959), c’est d’abord du grand spectacle, un film d’espionnage en technicolor, un suspense haletant servi par la musique de Bernard Herrmann. Très loin des troubles méandres de la psyché nécrophile du héros de Vertigo (1958), le protagoniste de North by Northwest est un grand enfant flanqué d’une mère fantasque et de maîtresses idiotes dont il se débarrasse à coup de boîtes de bonbons à 10 dollars. Un pur produit du cinéma hollywoodien qui passe son temps à boire du bourbon et à tomber amoureux entre deux concours de circonstance aberrants, dont le bouquet final l’entraîne sur les flancs du mont Rushmore, jusque dans le nez du président Lincoln. Le personnage incarné par Cary Grant donnera d’ailleurs l’idée à Ian Fleming de proposer à l’acteur le rôle de James Bond (qu’il refusera, s’estimant trop âgé), et l’inoubliable scène de poursuite dans le champ de maïs sera déclinée avec un hélicoptère dans From Russia with Love (Terence Young, 1963). Mais si North by Northwest est aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre du 7e art, le mérite en revient surtout à un scénario (signé Ernest Lehman) si habilement complexe qu’il ferait presque oublier les motifs de l’échappée belle de Thornhill vers Chicago puis Rapid City, et à des dialogues mi-figue mi-raisin ajoutés à des trouvailles esthétiques dont l’audace pour l’époque doit beaucoup au contournement du code Hays. Parmi celles-ci, l’ultime et célèbre plan d’un train s’enfonçant dans un tunnel est en fait une réponse à la censure américaine qui indiqua au réalisateur britannique que le couple formé par Eva Marie Saint et Cary Grant devait convoler en justes noces. Furieux, Hitchcock ajouta donc dans la bouche de Grant une réplique en ce sens (“Come on Mrs. Thornhill!”), mais décida aussi de clore son film par cette évocation explicite de l’acte sexuel. On ne sait si Geoffrey Shurlock goûta la portée scabreuse de l’ellipse visuelle. Qu’importe, l’histoire retiendra que le cinéaste qui ne croyait pas plus aux métaphores qu’aux dialogues, et uniquement à l’art cinématographique, imagina là ce qu’il confia à François Truffaut être le seul plan intentionnellement inconvenant de sa carrière.

I.R.

La Mort aux trousses, d’Alfred Hitchcock. Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Jessie Royce Landis, Leo G. Carroll, Martin Landau… 1959. 2 h 16. VOST restaurée. Sortie le 30 juillet 2014.

Capture d’écran 2014-07-23 à 17.47.08Le bourbon, un second rôle essentiel de North by Northwest

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Reality Show

Titre Citizen K2En 2012, Andrien Lévy-Cariès, 15 ans à l’époque, faisait partie des finalistes du concours Instagram/Lafarge. Aujourd’hui, il expose ses clichés à la Maison Européenne de la Photographie. Réflexions acides sur un itinéraire pour le moins fulgurant.

alc02-tt-width-836-height-550-fill-1-bgcolor-000000Adrien Lévy-Cariès, Sans titre, 2013

Loin de nous la tentation de tirer sur une ambulance ou de décourager une vocation sincère, mais l’exposition que consacre la MEP au photographe de tout juste 17 ans Adrien Lévy-Cariès nous a rappelé le mot du néophyte devant une toile d’art moderne : “Je pourrais en faire autant.” Oui, on l’affirme ici sans la moindre once de forfanterie ni de complaisance, il y a dans notre iPhone des clichés qui, autant qu’en puisse en juger à travers cette exposition intitulée Pourquoi partir ? et consacrée à Paris Plages, sont dignes des cimaises publiques. À la fin de la Chambre claire (1980), Roland Barthes remarquait que la société s’employait abondamment à assagir voire affadir le médium photographique en lui offrant deux uniques issues : l’art  — et donc la composition d’un tableau  — ou la banalisation qu’induit la documentation pléthorique d’une époque tout entière vouée au culte de l’image. D’art, avec Lévy-Cariès, il ne sera pas question, car son propos est ici clairement documentaire — pour ne pas dire publicitaire, puisque la poésie cheap d’un Paris Plages qui ferait oublier les véritables charmes balnéaires s’y vend au centimètre carré. Mais au-delà des clichés du jeune photographe, c’est dans l’initiative même de la MEP, dans son choix concerté d’exposer ce photographe amateur qui n’apparaît pas meilleur, ni plus doué ni plus créatif que n’importe qui ou presque, que la critique de Barthes d’une société dédiée à l’image prend une ampleur effrayante. Car ce que nous donne à voir la MEP est moins le travail, pour ne pas dire le hobby, d’Adrien Lévy-Cariès, que l’image en creux de sa personne elle-même : un ado de 17 ans passionné de photo depuis l’âge de 12 ans et qui rêve d’en faire son métier. Soit exactement comme il y a 13 ans, Secret Story nous vendait Steevy Boulay, un jeune barman manceau qui voulait faire de la télé. Si les sociologues des médias n’en finissent plus de gloser sur le prétendu déclin populaire de la télé-réalité, c’est donc sans doute moins parce que le quart d’heure de célébrité du vulgum pecus ne serait plus au menu, que parce que sa dictature a envahi jusqu’à ce que certains naïfs tiennent encore pour les sphères intellectuelles de la Culture.

N.B.

Pourquoi partir ? Adrien Lévy-Cariès. Maison Européenne de la Photographie. 5/7, rue de Fourcy. Paris IVe. Jusqu’au 31 août 2014. www.mep-fr.org

f2ff351a9827d04fa3c07a4edd2ef697Adrien Lévy-Cariès, Sans titre, 2013

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Damage Control

Titre Citizen KCapture d’écran 2014-07-23 à 17.07.13Ed Ruscha, The Los Angeles County Museum on Fire, 1965-1968

On dit que Platon détruisit par le feu l’ensemble des tragédies qu’il avait écrites dans sa prime jeunesse peu après sa rencontre avec Socrate. La recherche de la vérité et la construction d’une œuvre désormais considérée comme la naissance du corpus philosophique nécessitait sans doute ce sacrifice. En 1970, John Baldessari brûla lui aussi ses premiers tableaux qu’il estimait par trop conventionnels et introduisit leurs cendres dans une recette très personnelle de cookies. La génération d’une œuvre peut-elle se nourrir de la corruption d’une autre ? C’est la question que pose l’exposition Damage Control: Art and Destruction Since 1950 présentée jusqu’à l’automne au Mudam Luxembourg. Dans le sillage des ravages de la Deuxième Guerre mondiale, de l’holocauste et des bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, l’art interroge son saccage et sa dévastation jusqu’à concevoir ces derniers comme des ressources possibles. À travers près de 90 œuvres d’une quarantaine d’artistes dont les frères Chapman, Bruce Conner, Yves Klein, Christian Marclay, Yoshitomo Nara ou Andy Warhol, Damage Control donne à voir le chiasme d’une création qui s’arrime à son opposé pour s’auto-engendrer. Témoins parmi d’autres de ce moment passionnant, The Destroyed Room du Canadien Jeff Wall cite dans sa composition La Mort de Sardanapale (Delacroix, 1827), et un LACMA tout juste sorti de terre (le bâtiment en question a ouvert en 1965) se voit ravagé par les flammes sous le pinceau d’Ed Rucha. Manières de dire qu’après l’art pour l’art cher au XIXe, le XXe siècle est celui d’un art qui s’invente (tout) contre l’art.

N.B.

Damage Control: Art and Destruction Since 1950. Mudam Luxembourg. Musée d’art moderne Grand-Duc Jean. 3, Park Dräi Eechelen. Luxembourg-Kirchberg. Jusqu’au 12 octobre 2014. www.mudam.lu

Capture d’écran 2014-07-23 à 17.14.25Jeff Wall, The Destroyed Room, 1978

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Alta Moda

Titre Citizen K96890304Mario Testino, Costumes de danse qhapaq qolla. District de Paucartambo, Cuzco

S’il ne reste plus qu’aujourd’hui et demain pour admirer l’exposition Mario Testino à la galerie parisienne Yvon Lambert (www.yvon-lambert.com) qui fermera ses portes pour l’été jeudi soir, la vision que le photographe promeut du folklore de son Pérou natal est toujours accessible à une douzaine d’heures d’avion de là. En juillet 2012, Mario Testino a créé à Lima la fondation sans but lucratif MATE afin d’offrir une vitrine aux artistes et à l’héritage culturel péruviens. C’est dans ce cadre qu’est présentée en permanence l’exposition Alta Moda dans laquelle le photographe abandonne un instant les top-modèles et les pages glacées des magazines de luxe qui ont fait son succès pour s’intéresser à une alta moda (littéralement “haute couture” en espagnol) qui tient davantage de l’altiplano que du legs de Rose Bertin, “ministre des modes” de Marie-Antoinette. Dans ces clichés, Mario Testino reste néanmoins fidèle à son art de la composition autant qu’à son sens aigu du détail, et saisit ses compatriotes en habits traditionnels nimbés d’un glamour étrange et flamboyant qui affole les repères usuels de l’ethnographie pour mieux créer des icônes intemporelles.

I.R.

Alta Moda. Mario Testino. Fondation MATE. Avenida Pedro de Osma 409. Barranco. Lima. www.mate.pe

a3_313941802_north_883xMario Testino, Personnage féminin de la danse Saqra. Province de Paucartambo, Cuzco

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Flesh and the Cosmos

Titre Citizen KWJ-FleshWilliam E. Jones, The most beautiful world, as Heraclitus says, is like rubbish scattered at random, 2013 (détail) © William E. Jones / David Kordanski Gallery

Méditation automate du fragment d’Héraclite d’Éphèse numéroté 124 dans l’édition Diels Kranz, le tout récent livre de l’artiste et cinéaste basé à Los Angeles William E. Jones (Massillon, Ohio, 1962) se présente à son image exacte : εἰκῆ κεχυμένων ὁ κάλλιστος, ὁ κόσμος (“De choses répandues au hasard, le plus bel ordre, l’ordre du monde”). Flesh and the Cosmos ou un ramassis du grand n’importe quoi qu’est notre monde où l’ordure côtoie la beauté, vu à travers les collections d’images qui surgissent automatiquement sur un écran d’ordinateur à l’occasion de diverses recherches web concernant l’aphorisme en question. Publié en parallèle à l’exposition Heraclitus Fragment 124, Automatically Illustrated qui s’est déroulée en janvier et février derniers à la galerie David Kordanski, le dernier ouvrage de William E. Jones travaille la notion d’archive pour l’extraire du sarcophage de la doxographie et la pousser vers une extra-contemporanéité où les contradictions qui la constituent se réveillent et la ressuscitent. Comme dans Halsted Plays Himself (Semiotext(e), 2011) où l’auteur partait sur les traces de Fred Halsted, réalisateur de ce que la fama considère comme le premier chef-d’œuvre du porno gay (L.A. Plays Itself, 1972), et Imitation of Christ (Mack, 2013) où Jones interrogeait la production des icônes, l’artiste passe ici outre la valeur historique — et, par extension, la disparition programmée — d’une collection d’images et de documents en réinjectant dans celle-ci son flux d’auto-contradiction, d’ordure et de beauté, “de choses répandues au hasard”. Faire du corpus désincarné statufié par l’Histoire un corps aussi charnel que glorieux qui témoigne de et pour lui-même en tant qu’harmonieusement — i.e. polémiquement — auto-contredit, tel semble le dessein de William E. Jones. Un dessein que son Flesh and the Cosmos théorise à même l’inthéorisable héraclitéen via la randomisation des images. Dans le prière d’insérer de Mal d’Archives, Jacques Derrida s’interrogeait en 1995 : “Que devient alors l’archive quand elle s’inscrit à même le corps dit propre ?” Soit, précisément, le devenir que William E. Jones explore au plus obscur d’une passion qu’il fait sienne.

N.B.

Flesh and the Cosmos, de William E. Jones. Contributions de Jonathan Barnes et Richard Fletcher (David Kordansky Gallery).

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Period Rooms

Titre Citizen KLes-arts-decoratifs-de-Louis-XIV-a-Louis-XVI-au-LouvreSalle Gilbert et Rose Marie Chagoury, musée du Louvre, département des Objets d’art

Pour tous ceux, provinciaux ou étrangers, à qui les vacances d’été donnent l’occasion d’un séjour à Paris, le Louvre offre depuis peu une somptueuse immersion dans les règnes de Louis XIV à Louis XVI. Dernière étape du projet Grand Louvre initié en 1981 par François Mitterrand, la rénovation des salles du département des Objets d’art affiche, depuis la splendeur du Roi-Soleil jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, un parti pris que la muséologie a longtemps cru réservé aux institutions anglo-saxonnes et particulièrement américaines : celui des period rooms. Signe de la démocratisation de la culture et de la place cardinale de l’héritage de la monarchie dans l’attrait touristique de la capitale française, la scénographie des salles du musée le plus fréquenté au monde a évolué, et séduire le visiteur importe désormais davantage que la rigueur historique. Sous la houlette du décorateur Jacques Garcia (célèbre pour avoir imaginé les intérieurs des restaurants et hôtels Costes), le Louvre a donc ouvert un nouveau parcours de plus de 2000 m2 comprenant 35 salles qui témoignent des créations du Grand Siècle dans les bureaux historiques du Conseil d’État (qui y siégea de 1824 à 1832), ainsi que du style rocaille et du retour au classicisme du règne de Louis XVI dans l’aile nord de la cour carrée. Doublées de vitrines thématiques qui théâtralisent quelques-unes des plus belles pièces de la collection, les period rooms du Louvre s’affranchissent largement des configurations originales des décors au profit d’une évocation d’apparat où la curiosité, voire l’émotion, cède logiquement le pas devant une certaine griserie induite par ce faste somptuaire. O tempora, o mores ! voici venu le règne de Kanye West.

I.R.

Nouvelle salles des Objets d’art. De Louis XIV à Louis XVI : un art de vivre à la française. Musée du Louvre. Aile Sully. 1er étage. Paris Ierwww.louvre.fr

3Matthieu Crisard, Commode de la chambre bleue du château de Choisy, 1742

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FW 2014/15: Versace

Titre Citizen KVersaceCapture d’écran 2014-07-09 à 11.11.59

“Back to the fabulous Fifties”, tel est le motto de la collection Atelier Versace automne-hiver 2014/15 qui s’est dévoilée dimanche à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Un vestiaire opulent et sexy en diable, rehaussé par un maquillage de femme fatale tout en eye-liner et fards iridescents imaginé par Pat McGrath. Dans les backstages du défilé, notre photographe Sébastien Jardini a saisi les arcanes de ce beauty look renversant*. — R.M.

Photos, Sébastien Jardini

* Retrouvez davantage d’images des backstages sur le facebook du magazine.

Capture d’écran 2014-07-09 à 11.09.13Capture d’écran 2014-07-09 à 11.08.40

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Everyone’s going to die

Titre Citizen KEveryones-Going-is-Going-to-Die-2To be or not to be…

“Philosopher, c’est apprendre à mourir”, disait Socrate, repris en chœur cet été par Jones, un duo de réalisateurs britanniques (Max Barron et Michael Woodward) qui dissertera ce mercredi dans les salles hexagonales avec un premier opus sentencieusement nommé Everyone’s going to die. Les Anglais et la mort, c’est une histoire d’amour dont il suffit de lire Shakespeare ou de pousser le portail du cimetière de Highgate pour saisir la fascinante complexité. Jones avait donc fort à faire. Même dans une comédie où l’on sert quatre mariages, la causticité britannique se signe d’un enterrement pour faire bonne mesure — et deux Oscars. Nous étions donc d’humeur philosophico-foggy quand Melanie (Nora Tschirner), sa gueule de bois et son accent teuton se sont réveillés sur un matelas pneumatique flottant dans une piscine avant de se demander où était passer leur fiancé… Ballade moody dans les rues d’une petite ville de bord de mer, Everyone’s going to die croise le destin de deux paumés dont tout leur prédit d’emblée qu’ils sont dans un jour “sans”. Melanie donc, une jeune Allemande qui veut toujours avoir le dernier mot et s’acharne énergiquement à passer à côté de sa propre vie, et le quinqua plutôt taiseux Ray, exécutant de quelque mafia qui revient à Folkstone Harbour pour dire symboliquement adieu à son passé. Entre ces deux-là, la rencontre tout en finesse et en bons mots (lassants cependant, surtout dans la bouche de Nora Tschirner qu’on a fini par prendre en grippe), va changer le cours des choses. Ray et Melanie s’aimeront-ils ? Socrate disait aussi : “Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien.” Tant qu’on n’est pas six pieds sous terre, il est donc toujours temps d’essayer de réussir un truc. Une petite leçon en forme de long métrage dont l’esthétique un peu trop léchée dessert le rythme de la narration, et dont la bande-son très présente témoigne clairement que les deux réalisateurs viennent de la pub et du vidéo-clip, mais surtout la découverte de deux acteurs bluffants : le charismatique Rob Knighton alias Ray, et sa nièce dans le film, Madeline Duggan qui, d’une scène à l’autre, hésite avec grâce entre les 13 et les 20 ans.

I.R.

Everyone’s going to die, de Jones. Avec Rob Knighton et Nora Tschirner. 1 h 28. Sortie le 9 juillet 2014.

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L’Art de la guerre

Titre Citizen KCapture d’écran 2014-07-03 à 16.21.30Le musée d’histoire militaire de Dresde transpercé par l’architecte Daniel Libeskind

En kiosque aujourd’hui, le nouveau Citizen K International prend son air martial pour soumettre à la question l’Art de la guerre non pas selon les principes de Sun Tzu, mais avec les armes de la création contemporaine. Un dessein qui conduit Matthias Debureaux au musée d’histoire militaire de Dresde où il s’interroge ainsi : “Le crâne d’un soldat qui s’est tiré une balle dans la bouche ne dépasse-t-il pas toutes les provocations de Damien Hirst ?” À l’issue de cette plongée dans une violence ultra scénographiée, peut-être souscrirez-vous vous aussi à la saillie de Georges Clemenceau : “La guerre ! c’est une choses trop grave pour la confier à des militaires.”

I.R.

Militärhistorisches Museum der Bundeswehr. Olbrichtplatz 2. Dresde. www.mhmbw.de

Capture d’écran 2014-07-03 à 16.30.32Douche de fragments d’une charge explosive. Photos, Alexandre Tabaste

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