Profanity Pop

Titre Citizen KPPVendredi c’est Profanity ! Virée aux abords du rêve angeleno.

Loaiza_The-Incredulity-of-Saint-Donald-Caravaggio-TributeJosé Rodolfo Loaiza Ontiveros, The Incredulity of Saint Donald, Caravaggio Tribute

Sise à Los Feliz, sur Hollywood Boulevard, à deux pas des boutiques et des bars de Vermont Avenue, La Luz de Jesus est réputée parmi les Angelenos pour être la galerie la moins élitiste de la ville. On est très loin des Blum & Poe et autres David Kordansky, certes, mais cela ne signifie pas qu’il ne faille pas faire un détour par cette enclave de la subculture nichée à l’intérieur de la librairie-magasin de curiosités Wacko/Soap Plant. D’autant qu’à partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin du mois, si l’eldorado du cinéma et des happy faces se fissure tandis que vous remontez un Walk of Fame aussi bondé que crado, vous trouverez ici un asile au milieu de l’expo Profanity Pop du peintre mexicain José Rodolfo Loaiza Ontiveros. Dans l’entre-deux kitsch qui sépare l’hommage du foutage de gueule, l’artiste y revisite le joli petit monde de Disney. Sous son pinceau, loin du paradis des happy-endings, Mickey et ses comparses prennent des allures de martyrs, s’enfoncent dans la dope, hurlent leur mal être. Enfin, quand vous aurez cessé de sourire étrangement sur leur sort de carton-pâte aux confins du tragique et du fun, retour à Hollywood. Au Frolic Room par exemple. Là, vous rencontrerez peut-être d’authentiques princes charmants et fées en exil qui finissent leur bière en attendant leur fix…

I.R.

Profanity Pop. José Rodolfo Loaiza Ontiveros. La Luz de Jesus Gallery. 4633 Hollywood Boulevard. Los Angeles. Du 1er au 31 août 2014. www.laluzdejesus.com

Loaiza_Its-a-Girl-thingIt’s a Girl Thing

Loaiza_Cinderella-RevengeCinderella Revenge

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L’Homme qu’on aimait trop

Titre Citizen KInspiré par la “guerre des casinos” niçoise qui, dans les années 1970, priva la riche et élégante madame Leroux de sa fortune et de sa fille, le dernier film de Téchiné, s’il ne clôt pas le feuilleton judiciaire, jette sur l’affaire un brûlant soleil noir. 

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Vous n’avez vraiment pas l’air d’un agneau”, lâche Agnès (Adèle Haendel) à sa première rencontre avec l’avocat-conseil de sa mère (Catherine Deneuve). Et Maurice Agnelet (Guillaume Canet) d’interroger : “J’ai l’air de quoi ?” C’est toute la question. Quoique adapté du bouquin à charge Une femme face à la mafia, signé de la vraie Renée Le Roux (dans le film, les noms ne sont pas modifiés), l’art consommé de l’excellent scénar cosigné avec Jean-Charles Le Roux (le fils du vrai Maurice, qui accuse aujourd’hui son père de meurtre !) et Cédric Anger, consiste précisément à ne pas apporter de réponse univoque. Cet homme-là n’est-il qu’un prédateur cynique et dominateur, n’aimant que le sexe et l’argent ? C’est par lui en tous cas que le malheur (et le scandale) arrivent. Il n’est pas innocent qu’André Téchiné, cinéaste très cultivé et toujours attentif aux détails, fasse lire les pieds dans l’eau Si le grain ne meurt à son personnage, soit les mémoires du même André Gide qui, ayant été commis juré de cours d’assise en son temps, tirera par ailleurs de cette expérience un opuscule intitulé Ne jugez pas. Et si André Téchiné a confié à la Deneuve, sa star-fétiche, ce rôle en or de rombière de casino façon Shanghai Gesture (sur le modèle de l’immortel classique de Josef Von Sternberg), ce n’est pas essentiellement pour faire faire à notre Catherine nationale des essayages sans nombre de haute couture, et des variations dans ses coiffures/teintures. Mais pour la magnifier, une fois encore, au cœur du jeu pervers des passions contrariées — éternel sujet de son cinéma. Résumons : proprio du Palais de la Méditerranée, la veuve collet-monté a du fil à retordre avec sa fille Renée (dans le rôle, Adèle Haenel, découverte dans Naissance des pieuvres), laquelle, retour d’Afrique, voudrait couper enfin le cordon ombilical, toucher sa part d’héritage paternel, voler de ses propres ailes… Les choses se gâtent quand la demoiselle en rupture de ban tombe raide dingue de l’Agnelet, l’homme de confiance de la rombière, gringalet du barreau toujours tiré à quatre épingles. Et tandis que, sous la manœuvre de la mafia locale, parties truquées, votes achetés et détournements mettent le casino à sec, Agnelet, lui, tentera de tirer jusqu’au bout son épingle du jeu, trahissant la mère, puis la fille, sans compter son amante régulière, dans un jeu pervers très au point dont sexe et lucre sont à la fois les moteurs et le carburant. Sans doute aurait-il fallu l’aimer moins, cet homme… Mais, de la brebis galeuse disparue, Agnelet est-il pour autant l’assassin ? Jusqu’au dénouement dans la salle des assises, au procès tardif du prodigue vieillissant (où Deneuve, grimée, prend courageusement 20 ans sur son âge réel), Téchiné prend soin de ne pas lever pas le doute. C’est même là toute la profondeur de ce psycho thriller rétro, sans armes ni mitrailles, évidemment pas sans écho avec d’autres affaires louches, toutes fraîches celles-là…

Rémi Guinard

L’Homme qu’on aimait trop, d’André Téchiné. Avec Guillaume Canet, Catherine Deneuve, Adèle Haenel. 1 h 56. En salles.

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Kumbh Mela

Titre Citizen KDans son dernier opus, le cinéaste indien Pan Nalin pèlerine à la confluence de trois jeunes vies et de trois rivières.

kumbh-melaRenoncer à la vie et, in fine, devoir en sauver une, le destin ironique de Baba Hatha Yogi

Le pèlerinage hindou de la Kumbh Mela (Allhabad, nord-est de l’Inde) a lieu pendant 55 jours tous les 12 ans au Trivegi Sangam ou “carrefour des trois rivières” (le Gange, la Yamuna et le fleuve mythique Saraswati), où des nuées de fidèles se baignent rituellement afin de se laver de leurs péchés et se libérer du cycle des réincarnations. Tous les 12 Kumbh Mela, soit tous les 144 ans, la configuration planétaire transmet à cette confluence une énergie accrue qui attire les dévots en une masse plus dense encore — on parle de 100 millions de pèlerins. C’était le cas l’an passé, pour la Kumbh Mela qui a servi de cadre au documentaire éponyme de Pan Nalin (SamsaraAyurvedaLa Vallée des fleurs) relatant les destins tressés de trois enfants. Entre ascèse et consommation de cannabis, les Sâdhus (sages hindous) ne séjournent ici-bas que pour méditer et débattre sur l’inanité de la vie biologique afin d’exalter la grandeur d’une vie invisible supérieure. C’est parmi eux que le vagabond Kishan âgé d’à peine 10 ans a choisi de songer à ce que sera son existence sur Terre : caïd mafieux ou Sâdhu ? De rencontres diverses en réflexions aussi drôles que profondes, Kishan semble irrésistiblement attiré par la mystique. Parallèlement, le bambin abandonné aux bons soins de Baba Hatha Yogi est, lui, baigné dans la spiritualité qui habite celui qu’il tient à la fois pour son père et sa mère. Le Sâdhu a en effet pris en charge le fruit d’une vie charnelle dont il avait fait vœu de s’abstraire au maximum, et confesse ne pas avoir imaginé une seule seconde confier “son enfant” à un orphelinat malgré ce que la loi indienne lui prescrivait. Enfin, le petit Sandeep, 3 ans, a disparu dans la Maha Kumbh Mela. Il jouait non loin du campement de ses parents lorsque des inconnus l’ont emmené avec eux. Aurait-il été victime, comme c’est arrivé à d’autres enfants, de trafiquants d’organes ?… À la confluence de ces trois jeunes vies, celle qui interroge sa vocation, celle qu’on pourrait sacrifier pour de l’argent, et celle qui s’abandonne dans les bras de la sainteté sans la questionner, c’est à une méditation sur la valeur et le sens d’une vie humaine bien plus que sur la foi et le rite que Pan Nalin nous invite ici magistralement.

I.R.

Kumbh Mela : sur les rives du fleuve sacré, un documentaire de Pan Nalin. 1 h 55. En salles.

photo-kumbh-mela-sur-les-rives-du-fleuve-sacre_54add226b1e7785efe858c1a739f6527.jpg.htmlBandit ou Sâdhu ?… Kishan s’interroge

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Fabulous Fifties

Titre Citizen KÂge d’or de la haute couture, les années 1950 s’exposent au Palais Galliera.

GallieraRobes “corolle” ou “en huit”, une même exaltation de la féminité

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la mode renaît sous l’impulsion de Christian Dior. À une femme-soldat solidement épaulée, le couturier oppose des tailles fines ouvrant sur silhouette en huit ou en corolle dont la quantité de tissus nécessaire à l’ampleur de la jupe scandalise jusqu’à provoquer des émeutes, comme à Montmartre lors d’une séance photo où des passantes se jetèrent sur les mannequins afin de déchirer leur robe. Mais ce New Look, dont le nom fut inventé par la rédactrice en chef d’Harper’s Bazaar Carmen Snow, n’est pas l’unique silhouette de la mode des Fifties, loin s’en faut. Âge d’or de la haute couture et début du prêt-à-porter griffé, cette décennie invente également la ligne Balenciaga, dite aussi “tonneau”, le tailleur droit et strict signé Chanel, ou encore la robe “sack” cher à Hubert de Givenchy et magnifiquement portée par Audrey Hepburn. C’est cette histoire riche et innovante autant que prestigieuse que le musée Galliera retrace à travers l’exposition Les Années 50 qui présente plus de 100 modèles et accessoires de mode confectionnés par les ateliers Jacques Heim, Schiaparelli, Pierre Balmain, Jacques Fath, Carven, Paquin, Lola Prisac, Robert Piguet etc. Une histoire très parisienne dans laquelle la capitale mondiale de la mode puise toujours et encore afin de se réinventer chaque saison.

R.M.

Les Années 50. La mode en France, 1947-1957. Palais Galliera. Musée de la mode de la ville de Paris. 10, avenue Pierre Ier de Serbie. Paris XVIe. Jusqu’au 16 novembre 2014. www.palaisgalliera.paris.fr

annees50-gallieraLe tailleur sous toutes les coutures

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North by Northwest

Titre Citizen KLa Mort aux trousses revient en salle mercredi en version restaurée. Ceux qui aiment Hitchcock prendront le train. 

Capture d’écran 2014-07-23 à 17.41.41Run Roger, run!

S’agissant de l’assassinat du publicitaire new-yorkais Roger Thornhill (Cary Grant), avait-on vraiment besoin d’un biplan d’épandage agricole équipé d’une mitraillette ? Du strict point de vue de l’économie de moyens mis en œuvre, une dose de poison ou un coup de revolver se seraient avérés moins dispendieux et sans doute plus efficaces. Mais la guerre froide mise en scène par Alfred Hitchcock dans North by Northwest (La Mort aux trousses en VF, 1959), c’est d’abord du grand spectacle, un film d’espionnage en technicolor, un suspense haletant servi par la musique de Bernard Herrmann. Très loin des troubles méandres de la psyché nécrophile du héros de Vertigo (1958), le protagoniste de North by Northwest est un grand enfant flanqué d’une mère fantasque et de maîtresses idiotes dont il se débarrasse à coup de boîtes de bonbons à 10 dollars. Un pur produit du cinéma hollywoodien qui passe son temps à boire du bourbon et à tomber amoureux entre deux concours de circonstance aberrants, dont le bouquet final l’entraîne sur les flancs du mont Rushmore, jusque dans le nez du président Lincoln. Le personnage incarné par Cary Grant donnera d’ailleurs l’idée à Ian Fleming de proposer à l’acteur le rôle de James Bond (qu’il refusera, s’estimant trop âgé), et l’inoubliable scène de poursuite dans le champ de maïs sera déclinée avec un hélicoptère dans From Russia with Love (Terence Young, 1963). Mais si North by Northwest est aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre du 7e art, le mérite en revient surtout à un scénario (signé Ernest Lehman) si habilement complexe qu’il ferait presque oublier les motifs de l’échappée belle de Thornhill vers Chicago puis Rapid City, et à des dialogues mi-figue mi-raisin ajoutés à des trouvailles esthétiques dont l’audace pour l’époque doit beaucoup au contournement du code Hays. Parmi celles-ci, l’ultime et célèbre plan d’un train s’enfonçant dans un tunnel est en fait une réponse à la censure américaine qui indiqua au réalisateur britannique que le couple formé par Eva Marie Saint et Cary Grant devait convoler en justes noces. Furieux, Hitchcock ajouta donc dans la bouche de Grant une réplique en ce sens (“Come on Mrs. Thornhill!”), mais décida aussi de clore son film par cette évocation explicite de l’acte sexuel. On ne sait si Geoffrey Shurlock goûta la portée scabreuse de l’ellipse visuelle. Qu’importe, l’histoire retiendra que le cinéaste qui ne croyait pas plus aux métaphores qu’aux dialogues, et uniquement à l’art cinématographique, imagina là ce qu’il confia à François Truffaut être le seul plan intentionnellement inconvenant de sa carrière.

I.R.

La Mort aux trousses, d’Alfred Hitchcock. Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Jessie Royce Landis, Leo G. Carroll, Martin Landau… 1959. 2 h 16. VOST restaurée. Sortie en salles le 30 juillet 2014.

Capture d’écran 2014-07-23 à 17.47.08Le bourbon, un second rôle essentiel de North by Northwest

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Reality Show

Titre Citizen K2En 2012, Andrien Lévy-Cariès, 15 ans à l’époque, faisait partie des finalistes du concours Instagram/Lafarge. Aujourd’hui, il expose ses clichés à la Maison Européenne de la Photographie. Réflexions acides sur un itinéraire pour le moins fulgurant.

alc02-tt-width-836-height-550-fill-1-bgcolor-000000Adrien Lévy-Cariès, Sans titre, 2013

Loin de nous la tentation de tirer sur une ambulance ou de décourager une vocation sincère, mais l’exposition que consacre la MEP au photographe de tout juste 17 ans Adrien Lévy-Cariès nous a rappelé le mot du néophyte devant une toile d’art moderne : “Je pourrais en faire autant.” Oui, on l’affirme ici sans la moindre once de forfanterie ni de complaisance, il y a dans notre iPhone des clichés qui, autant qu’en puisse en juger à travers cette exposition intitulée Pourquoi partir ? et consacrée à Paris Plages, sont dignes des cimaises publiques. À la fin de La Chambre claire (1980), Roland Barthes remarquait que la société s’employait abondamment à assagir voire affadir le médium photographique en lui offrant deux uniques issues : l’art  — et donc la composition d’un tableau  — ou la banalisation qu’induit la documentation pléthorique d’une époque tout entière vouée au culte de l’image. D’art, avec Lévy-Cariès, il ne sera pas question, car son propos est ici clairement documentaire — pour ne pas dire publicitaire, puisque la poésie cheap d’un Paris Plages qui ferait oublier les véritables charmes balnéaires s’y vend au centimètre carré. Mais au-delà des clichés du jeune photographe, c’est dans l’initiative même de la MEP, dans son choix concerté d’exposer ce photographe amateur qui n’apparaît pas meilleur, ni plus doué ni plus créatif que n’importe qui ou presque, que la critique de Barthes d’une société dédiée à l’image prend une ampleur effrayante. Car ce que nous donne à voir la MEP est moins le travail, pour ne pas dire le hobby, d’Adrien Lévy-Cariès, que l’image en creux de sa personne elle-même : un ado de 17 ans passionné de photo depuis l’âge de 12 ans et qui rêve d’en faire son métier. Soit exactement comme il y a 13 ans, Secret Story nous vendait Steevy Boulay, un jeune barman manceau qui voulait faire de la télé. Si les sociologues des médias n’en finissent plus de gloser sur le prétendu déclin populaire de la télé-réalité, c’est donc sans doute moins parce que le quart d’heure de célébrité du vulgum pecus ne serait plus au menu, que parce que sa dictature a envahi jusqu’à ce que certains naïfs tiennent encore pour les sphères intellectuelles de la Culture.

N.B.

Pourquoi partir ? Adrien Lévy-Cariès. Maison Européenne de la Photographie. 5/7, rue de Fourcy. Paris IVe. Jusqu’au 31 août 2014. www.mep-fr.org

f2ff351a9827d04fa3c07a4edd2ef697Adrien Lévy-Cariès, Sans titre, 2013

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Damage Control

Titre Citizen KDans le sillage du thème guerrier de la dernière livraison de Citizen K International, la création affronte la destruction au Mudam Luxembourg.

Capture d’écran 2014-07-23 à 17.07.13Ed Ruscha, The Los Angeles County Museum on Fire, 1965-1968

On dit que Platon détruisit par le feu l’ensemble des tragédies qu’il avait écrites dans sa prime jeunesse peu après sa rencontre avec Socrate. La recherche de la vérité et la construction d’une œuvre désormais considérée comme la naissance du corpus philosophique nécessitait sans doute ce sacrifice. En 1970, John Baldessari brûla lui aussi ses premiers tableaux qu’il estimait par trop conventionnels et introduisit leurs cendres dans une recette très personnelle de cookies. La génération d’une œuvre peut-elle se nourrir de la corruption d’une autre ? C’est la question que pose l’exposition Damage Control: Art and Destruction Since 1950 présentée jusqu’à l’automne au Mudam Luxembourg. Dans le sillage des ravages de la Seconde Guerre mondiale, de l’holocauste et des bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, l’art interroge son saccage et sa dévastation jusqu’à concevoir ces derniers comme des ressources possibles. À travers près de 90 œuvres d’une quarantaine d’artistes dont les frères Chapman, Bruce Conner, Yves Klein, Christian Marclay, Yoshitomo Nara ou Andy Warhol, Damage Control donne à voir le chiasme d’une création qui s’arrime à son opposé pour s’auto-engendrer. Témoins parmi d’autres de ce moment passionnant, The Destroyed Room du Canadien Jeff Wall cite dans sa composition La Mort de Sardanapale (Delacroix, 1827), et un LACMA tout juste sorti de terre (le bâtiment en question a ouvert en 1965) se voit ravagé par les flammes sous le pinceau d’Ed Rucha. Manières de dire qu’après l’art pour l’art cher au XIXe, le XXe siècle est celui d’un art qui s’invente (tout) contre l’art.

N.B.

Damage Control: Art and Destruction Since 1950. Mudam Luxembourg. Musée d’art moderne Grand-Duc Jean. 3, Park Dräi Eechelen. Luxembourg-Kirchberg. Jusqu’au 12 octobre 2014. www.mudam.lu

Capture d’écran 2014-07-23 à 17.14.25Jeff Wall, The Destroyed Room, 1978

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Alta Moda

Titre Citizen KAu croisement de l’ethnophotographie et de la photo de mode, Mario Testino investit les cimaises.

96890304Mario Testino, Costumes de danse qhapaq qolla. District de Paucartambo, Cuzco

S’il ne reste plus qu’aujourd’hui et demain pour admirer l’exposition Mario Testino à la galerie parisienne Yvon Lambert (www.yvon-lambert.com) qui fermera ses portes pour l’été jeudi soir, la vision que le photographe promeut du folklore de son Pérou natal est toujours accessible à une douzaine d’heures d’avion de là. En juillet 2012, Mario Testino a créé à Lima la fondation sans but lucratif MATE afin d’offrir une vitrine aux artistes et à l’héritage culturel péruviens. C’est dans ce cadre qu’est présentée en permanence l’exposition Alta Moda dans laquelle le photographe abandonne un instant les top-modèles et les pages glacées des magazines de luxe qui ont fait son succès pour s’intéresser à une alta moda (littéralement “haute couture” en espagnol) qui tient davantage de l’altiplano que du legs de Rose Bertin, “ministre des modes” de Marie-Antoinette. Dans ces clichés, Mario Testino reste néanmoins fidèle à son art de la composition autant qu’à son sens aigu du détail, et saisit ses compatriotes en habits traditionnels nimbés d’un glamour étrange et flamboyant qui affole les repères usuels de l’ethnographie pour mieux créer des icônes intemporelles.

I.R.

Alta Moda. Mario Testino. Fondation MATE. Avenida Pedro de Osma 409. Barranco. Lima. www.mate.pe

a3_313941802_north_883xMario Testino, Personnage féminin de la danse Saqra. Province de Paucartambo, Cuzco

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Flesh and the Cosmos

Titre Citizen KDans son dernier livre, l’artiste angeleno William E. Jones mixe Héraclite en mode aléatoire.

WJ-FleshWilliam E. Jones, The most beautiful world, as Heraclitus says, is like rubbish scattered at random, 2013 (détail) © William E. Jones / David Kordanski Gallery

Méditation automate du fragment d’Héraclite d’Éphèse numéroté 124 dans l’édition Diels Kranz, le tout récent livre de l’artiste et cinéaste basé à Los Angeles William E. Jones (Massillon, Ohio, 1962) se présente à son image exacte : εἰκῆ κεχυμένων ὁ κάλλιστος, ὁ κόσμος (“De choses répandues au hasard, le plus bel ordre, l’ordre du monde”). Flesh and the Cosmos ou un ramassis du grand n’importe quoi qu’est notre monde où l’ordure côtoie la beauté, vu à travers les collections d’images qui surgissent automatiquement sur un écran d’ordinateur à l’occasion de diverses recherches web concernant l’aphorisme en question. Publié en parallèle à l’exposition Heraclitus Fragment 124, Automatically Illustrated qui s’est déroulée en janvier et février derniers à la galerie David Kordanski, le dernier ouvrage de William E. Jones travaille la notion d’archive pour l’extraire du sarcophage de la doxographie et la pousser vers une extra-contemporanéité où les contradictions qui la constituent se réveillent et la ressuscitent. Comme dans Halsted Plays Himself (Semiotext(e), 2011) où l’auteur partait sur les traces de Fred Halsted, réalisateur de ce que la fama considère comme le premier chef-d’œuvre du porno gay (L.A. Plays Itself, 1972), et Imitation of Christ (Mack, 2013) où Jones interrogeait la production des icônes, l’artiste passe ici outre la valeur historique — et, par extension, la disparition programmée — d’une collection d’images et de documents en réinjectant dans celle-ci son flux d’auto-contradiction, d’ordure et de beauté, “de choses répandues au hasard”. Faire du corpus désincarné statufié par l’Histoire un corps aussi charnel que glorieux qui témoigne de et pour lui-même en tant qu’harmonieusement — i.e. polémiquement — auto-contredit, tel semble le dessein de William E. Jones. Un dessein que son Flesh and the Cosmos théorise à même l’inthéorisable héraclitéen via la randomisation des images. Dans le prière d’insérer de Mal d’Archives, Jacques Derrida s’interrogeait en 1995 : “Que devient alors l’archive quand elle s’inscrit à même le corps dit propre ?” Soit, précisément, le devenir que William E. Jones explore au plus obscur d’une passion qu’il fait sienne.

N.B.

Flesh and the Cosmos, de William E. Jones. Contributions de Jonathan Barnes et Richard Fletcher (David Kordansky Gallery).

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Period Rooms

Titre Citizen KNon, ceci n’est pas l’intérieur cosy d’un rappeur de Miami. Visite guidée des nouvelles salles des Objets d’art du musée du Louvre.

Les-arts-decoratifs-de-Louis-XIV-a-Louis-XVI-au-LouvreSalle Gilbert et Rose Marie Chagoury, musée du Louvre, département des Objets d’art

Pour tous ceux, provinciaux ou étrangers, à qui les vacances d’été donnent l’occasion d’un séjour à Paris, le Louvre offre depuis peu une somptueuse immersion dans les règnes de Louis XIV à Louis XVI. Dernière étape du projet Grand Louvre initié en 1981 par François Mitterrand, la rénovation des salles du département des Objets d’art affiche, depuis la splendeur du Roi-Soleil jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, un parti pris que la muséologie a longtemps cru réservé aux institutions anglo-saxonnes et particulièrement américaines : celui des period rooms. Signe de la démocratisation de la culture et de la place cardinale de l’héritage de la monarchie dans l’attrait touristique de la capitale française, la scénographie des salles du musée le plus fréquenté au monde a évolué, et séduire le visiteur importe désormais davantage que la rigueur historique. Sous la houlette du décorateur Jacques Garcia (célèbre pour avoir imaginé les intérieurs des restaurants et hôtels Costes), le Louvre a donc ouvert un nouveau parcours de plus de 2000 m2 comprenant 35 salles qui témoignent des créations du Grand Siècle dans les bureaux historiques du Conseil d’État (qui y siégea de 1824 à 1832), ainsi que du style rocaille et du retour au classicisme du règne de Louis XVI dans l’aile nord de la cour carrée. Doublées de vitrines thématiques qui théâtralisent quelques-unes des plus belles pièces de la collection, les period rooms du Louvre s’affranchissent largement des configurations originales des décors au profit d’une évocation d’apparat où la curiosité, voire l’émotion, cède logiquement le pas devant une certaine griserie induite par ce faste somptuaire. O tempora, o mores ! voici venu le règne de Kanye West.

I.R.

Nouvelle salles des Objets d’art. De Louis XIV à Louis XVI : un art de vivre à la française. Musée du Louvre. Aile Sully. 1er étage. Paris Ierwww.louvre.fr

3Matthieu Crisard, Commode de la chambre bleue du château de Choisy, 1742

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