Citizen Keane

Titre Citizen KPrenez Tim Burton de vitesse, et déballez avec horreur et volupté le linge sale de Walter Keane. Argent, gloire, sexe, violence et alcool garantis.

Margaret-Keane-AloneAlone, Keane, 1963

En prélude au nouvel opus de Tim Burton, Big Eyes, qui sortira sur les écrans français le 24 décembre, les éditions Feral House ont récemment exhumé une cover story consacrée au peintre Walter Keane parue dans le San Diego Reader en 1991. L’auteur de l’article, Adam Parfrey, est ainsi reparti sur les traces de l’artiste kitsch à l’origine de la Big-Eyes-mania qui submergea les États-Unis dans les années 1950-60, envahissant des cuisines et des chambres à coucher de la middle class jusqu’aux demeures des stars de Hollywood, le siège de l’ONU, et même quelques musées. Peintre adulé doublé d’un businessman diablement habile, Keane fit dire à Andy Warhol, dans une interview publiée dans Life en 1965, que son travail devait forcément être bon, sinon tant de personnes ne l’apprécieraient pas ! CQFD. Mais derrière les enfants aux grands yeux tristes qui firent son succès et sa fortune, derrière ces poulbots hagards dont il avait, prétendait-il, trouvé l’inspiration durant son séjour dans le Berlin de l’immédiat après-guerre, Walter Keane dissimulait un mensonge aussi énorme que les pupilles dilatées de ses petits protégés. L’homme, qui se comparait volontiers à Rembrandt, Degas ou Michel-Ange, était incapable de peindre, et exploitait le talent de son épouse Margaret. Après leur divorce, celle-ci fit un procès à son ex-mari et le remporta sans trop de peine. Mais Walter Keane, ruiné, alcoolique, ne cèdera jamais sur sa version des faits, et prétendra jusqu’à sa mort, en 2005, être l’auteur des Big-Eyed. Margaret, reconnue à sa juste — et toute relative — valeur, ne lui concèdera pour sa part qu’une seule qualité : un don inouï pour le marketing. Une sorte de génie qui continue son œuvre par-delà la mort, puisque Tim Burton, collectionneur de l’œuvre de Keane, a réuni 10 millions de dollars pour retracer, avec Christoph Waltz et Amy Adams dans les rôles principaux, les tribulations dramatiques des époux Keane. En mémoire de Walter et pour le confort de la Weinstein Company, on espère évidemment que le film fera un grand nombre d’entrées.

I.R.

Citizen Keane: The Big Lies behind the Big Eyes, par Adam Parfrey et Cletus Nelson (Feral House). feralhouse.com/

© Copyright 2013 CorbisCorporation Walter et Margaret Keane au travail dans leur maison de Bel Air, novembre 1961

portrait joancL’actrice Joan Crawford devant son portait signé Keane

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Ready to War

Titre Citizen KUne garde-robe comme une armure.

Photos, Matthieu Lavanchy. Stylisme, Jérôme André. Coiffure, Olivier Schawalder. Maquillage, Asami Kawai

Capture d’écran 2014-09-12 à 15.42.27Manteau cuir noir, CERRUTTI 1881 PARIS

Capture d’écran 2014-09-12 à 15.45.03Gilet noir ceinturé, manteau gabardine noire et chemise rouille, le tout PRADA

Capture d’écran 2014-09-12 à 16.00.10Manteau kaki CALKIN KLEIN COLLECTION et manteau laine FAÇONNABLE

Capture d’écran 2014-09-12 à 15.43.37Trench beige et manteau, RAF SIMONS. Boots, ADIDAS x RAF SIMONS

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Late Turner

Titre Citizen KLa Tate Britain met les pleins feux sur les dernières années de création du “peintre de la lumière et des incendies”.

18.00.49Ancient Rome: Agrippina Landing with the Ashes of Germanicus (1839)

Qu’un peintre vieillissant, loin de se singer et à rebours de tout conservatisme, continue ses recherches jusqu’au bout, levant le voile, dans ses dernières années, sur des toiles qui annoncent les bouleversements artistiques des siècles à venir, voici le destin singulier auquel la Tate rend aujourd’hui hommage à travers l’exposition Late Turner: Painting Set Free. Obsédé par la tradition et le legs de Claude Lorrain, Joseph Mallord William Turner (1775-1851) développa pourtant dès ses premières toiles une vision moins classique que romantique, où les jeux de lumière frayaient un nouveau code esthétique. Mais c’est seulement à partir de l’âge de 60 ans qu’il produira ce que ses contemporains lurent parfois comme des signes de sénilité ou de démence, et que l’histoire retiendra comme ses chefs-d’œuvre. À travers plus de 150 toiles, aquarelles, dessins et gravures exécutés entre 1835 et 1850, la Tate rouvre donc en sous-main le débat concernant les sources impressionnistes, mais aussi, avec la réunion dans une seule et même salle des neuf Square Canvases, celui de l’influence de Turner sur l’expressionnisme abstrait.

I.R.

Late Turner: Painting Set Free. Tate Britain. Millbank. Londres. Jusqu’au 25 janvier 2015. www.tate.org.uk

war-the-exile-and-the-rock-limpet-turnerWar: The Exile and the Rock Limpet (1842)

Light and Colour (Goethe's Theory)  - the Morning after the Deluge - Moses Writing the Book of Genesis exhibited 1843 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851Light and Colour (Goethe’s Theory): The Morning after the Deluge (1843)

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Orlando tranquillo

Titre Citizen KJean-Christophe Béchet surprend The City Beautiful au saut du lit.

Capture d’écran 2014-09-10 à 15.18.59

On a déjà dit ici tout le bien que l’on pense de la collection This is not a map aux éditions Poetry Wanted (www.citizen-k.com/fast-vegas/), qui a pour vocation de présenter sous forme de pseudo cartes routières des reportages photographiques effectués au quatre coins du globe. Après l’État du Texas et Las Vegas, c’est cette fois la capitale des complexes de loisir, Orlando, qui se déploie en accordéon pour révéler un panorama très loin des attractions phares de Disney World ou Islands of Adventure. Pendant chacun de ses quatre séjours floridiens, le photographe Jean-Christophe Béchet a en effet choisi de saisir les abords d’International Drive entre 6 et 7 heures du matin, pour capter dans cette unité de temps et de lieu quelques trajectoires humaines à demi dissoutes dans la brume du matin. Des joggeurs — blancs — et des travailleurs de l’aube — noirs — traversent ses 32 images issues de la série American Puzzle, et ici réunies comme autant de spectres d’une Amérique où une ségrégation latente a toujours cours.

I.R.

Orlando, Florida: This is not a map but a photographic journey, par Jean-Christophe Béchet (Poetry Wanted). www.thisisnotamap.com

Capture d’écran 2014-09-10 à 15.18.08 La solitude du coureur de fond sur International Drive

Capture d’écran 2014-09-10 à 15.17.47Premiers clients à la supérette du coin

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Near Death Experience

Titre Citizen KAvec Near Death Experience, Benoît Delepine et Gustave Kervern offrent à Michel Houellebecq un rôle à la démesure de son dégoût du monde.

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“Obsolète. Voilà. J’ai 56 ans et je suis obsolète. 56 ans. L’âge de mon grand-père quand j’avais 7 ans. Avant, on était vieux, un pépé. On attendait tranquillement la retraite. On ne vous demandait pas d’atteindre des objectifs. De les dépasser. On ne vous demandait pas d’être toujours séduisant. D’être habillé en jeune. D’être un homme viril, de baiser encore. De faire du sport. De manger équilibré. D’aimer sa femme comme au premier jour, d’être le meilleur copain de ses enfants… On ne vous demandait pas d’être créatif. D’avoir de l’humour. Et des passions ! T’as eu de la chance pépé. T’as eu le droit de n’être qu’un pépé. Moi, tu vois, en étant comme t’étais, je suis devenu un pauvre gars. Obsolète.” Perdu dans le maquis où il s’est réfugié en attendant de se suicider, Paul, agent d’une plateforme téléphonique, marié, deux enfants, médite ainsi en voix off dans le dernier opus de Benoît Delepine et Gustave Kervern (Mammuth, Le Grand Soir). Michel Houellebecq lui prête sa lippe tombante, sa manière unique de fumer des clopes, sa silhouette ridiculement moulée dans une tenue de cycliste et ses marmottements. Il y a quinze jours, sur Arte, dans L’Enlèvement de Michel Houellebecq réalisé par Guillaume Nicloux, l’écrivain présentait à la caméra son profil burlesque. Aujourd’hui, c’est son ombre dépressive qu’il projette avec maestria sur fond de Schubert dans Near Death Experience. Car Paul lui ressemble comme un jumeau qui n’aurait pas écrit de romans, et n’aurait vécu jusqu’à sa mort pas même tragique que l’existence déceptive autrefois décrite dans Extension du domaine de la lutte (1994). “La vie doit être enivrante… la vie doit être enivrante…”, psalmodie Paul en tournant sur lui-même comme un anachorète au désert. Mais même la nature n’offre nul échappatoire, nulle rédemption, nul réconfort. “Elle n’aura pas lieu, la fusion sublime”, remarquait déjà Houellebecq à la toute fin de son premier roman. Œuvre où la vie s’avoue à elle-même son échec, Near Death Experience renverse les valeurs pour mieux embrasser le néant. Et c’est la grande réussite du monologue mis en images par Delepine et Kerven que de montrer sans pathos larmoyant ni distance critique combien la mort, fût-elle volontaire, n’est finalement qu’un autre non-événement.

N.B.

Near Death Experience, de Benoît Delepine et Gustave Kervern. Avec Michel Houellebecq. 1 h 27. En salles.

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Puzzles primitifs

Titre Citizen KLe domaine de Chantilly signe l’événement muséal de la rentrée en recomposant quelques-uns des chefs-d’œuvre des maîtres du Quattrocento. 

Capture d’écran 2014-09-09 à 10.16.44Le Choix d’Esther par Assuérus, Sandro Botticelli et Filippino Lippi

Parmi les Primitifs italiens, c’est tout naturellement la crème de la crème que donne à voir le domaine de Chantilly. Le musée Condé, sis dans le château, présente en effet jusqu’au début de l’année prochaine plus de trente œuvres majeures de ses collections associées à neuf peintures prêtées par de prestigieuses institutions internationales. Le but de cette mise en regard est de dévoiler pour la première fois depuis leur démembrement les polyptyques dont sont issues quelques-unes des pièces les plus célèbres de la collection du duc d’Aumale. C’est ainsi que le Saint Benoît à Subiaco de Fra Angelico est ici présenté en compagnie de quatre autres panneaux avec lesquels il composait originellement une scène érémitique. Idem pour Le choix d’Esther par Assuérus attribué à Botticelli et son élève Filippino Lippi qui, grâce à un prêt du musée du Louvre, retrouve momentanément son pendant, puisque les deux panneaux faisaient à l’origine partie d’un jeu de deux cassoni (coffres de mariage). À travers cette exposition d’autant plus exceptionnelle que la collection du duc d’Aumale présentée au musée Condé ne peut, en raison des volontés testamentaires du duc, quitter le domaine de Chantilly — obligeant donc le monde d’Anvers à Philadelphie en passant par Ottawa et Cherbourg à venir à elle —, ce sont parmi les plus beaux trésors florentins et siennois du Quattrocento qui sont recomposés comme par magie dans la Salle du jeu de paume. En attendant d’autres possibles découvertes, puisque certains des retables exposés ou virtuellement réunis sont toujours incomplets.

I.R.

Fra Angelico, Botticelli… Chefs-d’œuvre retrouvés. Château du domaine de Chantilly. Salle du jeu de paume. Jusqu’au 4 janvier 2015. www.chateaudechantilly.com

Capture d’écran 2014-09-09 à 10.16.33Saint Benoit en extase au désert, Fra Angelico et son atelier

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Scarlett au haras

Citizen KLes vacances terminées, voici le temps de remettre le pied à l’étrier. Au galop, citoyens !

11.55.44Bague La Strada, CHOPARD, et bague Bois de rose, DIOR JOAILLERIE

Pour mieux reprendre le mors aux dents en ce début septembre, la cavalière Éléonore Lambilliote, grand espoir du jumping belge, s’est harnachée de somptueuses parures d’or et de diamants qui font piaffer d’envie sa monture. Une série joaillerie qui invite à se remettre en selle pour affronter les obstacles de la rentrée. R.M.

Photos, Giamaolo Vimercati. Stylisme, Vanessa Guidici. Coiffure, Rita Dell’Orco

Capture d’écran 2014-09-08 à 13.46.11Manchette or jaune et anneaux coordonnés, collection My Dior, DIOR JOAILLERIE

11.57.00 Bagues Parentesi Cocktail et Serpenti, BVLGARI. Montre Grande Reverso Ultra Thin 1931, JAEGER-LECOULTRE

Capture d’écran 2014-09-08 à 13.45.31Bague Horsebit Cocktail, GUCCI, Anneaux Enchanted Lotus et Talisman, DE BEERS

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La poudre d’escampette

Titre Citizen KToujours en kiosque, le numéro d’été de Citizen K International vous invite à la rencontre d’une vraie jeune fille des années 1960 qui s’essaie à la garde-robe de l’automne-hiver 2014/15. Back to the couture.

11.00.50Trench python, Roberto Cavalli. Cravate bleue, Prada

Dans le village, on la connaît bien et on la reconnaît de loin. Elle s’habille trop court, se décolore les cheveux dans le genre Belle de jour, se maquille les yeux avec du khôl, se la joue actrice ou mannequin. Et avec ça, toujours à faire la tronche. Ça plaît pas, c’est sûr. Elle, elle veut se barrer d’ici et monter à Paris. Elle attend. Un jour, une voiture viendra la chercher pour l’emmener. Un jour… — R.M.

Photos, Michael Hemy. Stylisme, Jérôme André. Coiffure, Ramona Eschbach. Maquillage, Min Kim

11.01.23Pull, Paul Smith. Jupe vinyle, Courrèges. Bottines, Gucci

12.58.24Manteau, Sisley. Pull, Courrèges. Jupe cuir, Jitrois. Ceinture, Marni

11.00.30Robe, Karl Lagerfeld. Cravate, Prada. Bottes, Gucci. Sac à dos, Lanvin

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De l’air !

Titre Citizen KOn annonce 30° à Saint-Tropez ce week-end. D’un coup d’éventail, réinventez les codes de la drague balnéaire.

wp8ec3c9e0Édouard Manet, La Dame aux éventails, 1873

Soudain, sur la plage ou en terrasse, l’allure et le regard d’un bel inconnu vous transportent d’aise et vous donne envie d’en savoir davantage sur l’apollon. Timide, vous n’osez pas faire le premier pas. Pire, vous êtes plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral, et ne connaissez évidemment pas son 06 pour lui envoyer un sms. Que faire ? Citizen K vous propose une alternative fashion au clin d’œil graveleux : l’éventail. Inventé au XIXe siècle pour permettre aux jeunes filles de flirter sans déroger aux convenances, le langage de l’éventail détourne la gestuelle propre aux éventements pour signifier le désir l’air de rien. Reste évidemment à espérer que l’objet de votre pâmoison décrypte vos mouvements de façon juste et claire… Pour les débutants, émetteurs ou récepteurs potentiels, voici quelques figures de base.

Le tenir dans la main droite face au visage : suivez-moi jeune homme

Le tenir dans la main gauche face au visage : je désire un entretien


Le faire tournoyer de la main gauche : nous sommes surveillés


Le faire glisser sur la joue : je vous aime 

Le poser sur ses lèvres : embrassez-moi

Le laisser ouvert immobile : attendez-moi


Le porter ouvert de la main gauche : venez me parler

Le placer derrière la tête : ne m’oubliez pas


I.R.

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L’instant T

Titre Citizen KConsacré par un supplément spécial d’Art Press (daté juillet-août 2014), Richard Texier impose plus que jamais sa stature de Titan dans le paysage de l’art contemporain. Pour Citizen K Homme Sport, notre journaliste Charles Consigny a recueilli ses confidences. Extraits.

Portrait RTbdef copieRichard Texier au milieu de quelques-unes de ses œuvres récentes

Charles Consigny  : Art Press vous consacre un numéro spécial. Qu’est-ce que cela représente pour vous  ?

Richard Texier  : On a travaillé avec Art Press dans l’idée de clarifier mon parcours, de le mettre en perspective. Chercher à comprendre, singulièrement pour le Panthéo-Vortex, à quel moment il est né. Il y a près de trois ans, j’ai regardé une poire comme une œuvre d’art majeure, un Brancusi. La réalité panthéiste de mon travail est passée au plan conscient à ce moment-là. Comme un mythe fondateur. Mais cette histoire venait de bien plus loin ! Si on regarde attentivement l’ensemble des séries d’œuvres que j’ai créé depuis quarante ans, on voit apparaître le concept du “Panthéo-Vortex”. En fait celui-ci vit en moi depuis toujours, y compris en termes chromatiques, de matière, d’obsession de la vie naturelle, panthéiste, biologique. L’organisation des forces cosmiques, le macro, le micro, tout est déjà présent dans mon travail depuis fort longtemps. En fait, je l’exprime depuis les Calendriers lunaires de 1982. Ensuite, il y a eu la grande série Theoria Sacra, qui parle de mécanique céleste, d’histoire de l’astronomie, autre culte panthéiste, mais à l’échelle du Cosmos. Et puis la série Chaosmos, née du concept de Deleuze et Guattari, qui parle de l’histoire de l’énergie. Dans la vie de l’esprit et la vie des hommes, l’énergie c’est le désir. Comment le désir influe, articule, enflamme, crée des territoires. Cette idée du chaos initial, de l’énergie en expansion qui cherche un point d’équilibre. C’est peut-être cela, Dieu : l’envie, la capacité, le tropisme de la matière à s’équilibrer.

Quand on devient artiste, et qu’on prend la décision de ne faire que ça, on prend un risque énorme, puisque l’on s’expose à une misère totale. Comment pensez-vous que vous auriez vécu le fait d’être un peintre comme il y a eu tant de grands peintres qui ont passé leur vie dans la misère  ?

J’étais sûr que ça ne marcherait jamais. J’étais construit là-dessus et j’avais fondé ma certitude sur ma fréquentation assez assidue, régulière et amicale de Jean Degottex. Il avait 60 ans, j’en avais 25. Je me souviens d’un jour où il faisait très froid dans son atelier ; je l’aidais à tendre des grands châssis, la chaudière était cassée et il ne pouvait, faute d’argent, la réparer. Cela nourrissait ce que je pensais déjà. Que quelqu’un de sa qualité, avec le parcours qu’il avait, ne puisse pas se chauffer, impliquait un avenir bien pire pour moi. Je m’étais construit sur l’idée que ça ne marcherait jamais, qu’au mieux j’en survivrais. Quoi qu’il en soit, c’est assez malsain de vouloir faire une carrière avant une œuvre. Quand on est artiste, on est automandaté : si ça intéresse les autres, c’est inespéré.

Comment cela s’est-il passé concrètement  ? À quel âge avez-vous commencé  ?

À l’entrée en sixième, j’avais onze ans, on vous obligeait à acheter le Lagarde & Michard. J’ai feuilleté le volume du XXe siècle, et suis tombé sur une double page où il y avait à gauche un tableau de Joan Miró, Intérieur hollandais, et à droite un tableau d’Yves Tanguy, Jour de lenteur. Ce jour-là, la foudre m’est tombée sur la tête. Je me suis dit que je voulais vivre comme ça. Je n’avais aucune idée de ce que ça représentait, je ne savais pas ce qu’était le surréalisme, je me suis engagé dans cette histoire comme halluciné, en ayant la conviction que c’était mon territoire.

Il y a une grande différence entre le projet Vortex et ce que vous faisiez avant. Ne doit-on pas y voir tout de même une rupture  ?

Je l’ai cru, mais il y a au cœur de mon travail, depuis le début, cette idée de célébration panthéiste. Depuis peu de temps, Panthéo-Vortex s’est imposé dans mon travail avec une très grande force. C’est la première fois qu’une série arrive avec autant de netteté.

Retrouvez la suite de l’interview de Richard Texier dans le dernier numéro de Citizen K Homme Sport.

Paleo 02bdef copieRichard Texier, Paleo, 2013

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