Dans la nuit noire et obscure, une autre forme de voyage attire de plus en plus d’adeptes : l’astrotourisme. Une pluie de labels certifiant les sites étoilés, ruée vers un nouvel or noir.
Où sont passées les nuits noires et profondes qui peuplaient nos cauchemars d’enfance ? On se souvient encore de leur profondeur, de leur opacité ténébreuse. La nuit nous aspirait alors dans un abysse sans fond dont il semblait qu’on ne pourrait jamais revenir. Cette évocation nocturne, comme ses sensations, peut être retrouvée dans la lecture. Les légendes, les récits et les romans écrits avant l’arrivée de l’électricité et de l’éclairage public décrivent la nuit comme une obscurité impénétrable et mystérieuse, aux résonances symboliques et mystiques. On peut penser à certaines pages de Victor Hugo, d’Emily Brontë ou de Shakespeare.
On doit à Paris, rebaptisée la Ville Lumière, d’avoir chassé la nuit hors des métropoles. À partir de 1829, avec les premiers essais d’éclairage urbain, la révolution radieuse a implanté la lumière artificielle jusque dans les replis les plus sombres des quartiers populaires. Sous l’impulsion croissante du progrès et de la globalisation, la nuit a progressivement disparu de la planète entière. Aujourd’hui, les nuits noires et l’obscurité totale sont une rareté. On pourrait même y voir une sorte d’excroissance luxueuse dont s’emparent la recherche scientifique, les esthètes et le tourisme. L’éclairage, qui symbolisa si longtemps la révolution industrielle jusque dans la déclinaison allégorique des Lumières, est à présent une pollution lumineuse impossible à éradiquer. Aperçu lors des premiers vols habités dans l’espace, ne disait-on pas que le réseau autoroutier belge était visible de nuit depuis la Lune !
*Cet article est issu de notre numéro d’hiver 2025. Pour ne manquer aucun numéro, vous pouvez également vous abonner.*


