Du 30 septembre au 10 octobre 2025, l’institution parisienne récemment rénovée accueillera la première rétrospective européenne consacrée au travail du styliste et créateur pluridisciplinaire disparu en 2021.
Virgil Abloh, c’était la lueur d’une révolution. C’était la politisation de la mode, le refus et le démantèlement d’une vision élitiste de l’art. comme un rêve imposé d’en haut par la classe dominante, au profit d’une mouvement bottom-up et d’une démocratisation qui puise ses racines dans les codes de la street culture.« Je pourrais passer beaucoup de temps à concevoir cette bougie et à en parler. Mais je pourrais aussi concevoir la pièce dans laquelle la bougie est posée », c’est l’une des citations les plus appréciées du créateur, pour qui la valeur d’une œuvre dépendait toujours du contexte. Après l’ouragan Abloh, une paire de baskets Nike pouvait soudain se vendre au même prix qu’un aller-retour Paris-New York. Ingénieur civile et architecte de formation, dj, designer et artiste touche-à-tout, c’est dans la mode que Abloh a laissé sa plus grande empreinte, changeant cet univers avec ses marques Pyrex Visions et OFF-White, puis en reprenant la direction créative de la maison Louis Vuitton.
C’est à cette période que sa révolution, chargée d’une portée sociale immense, est peu à peu absorbée par le monde vorace du luxe. Toutes les maisons s’engouffrent dans la brèche ouverte par Abloh, envahissant les podiums de survêtements et de sweats à capuche couverts de logos. Ce n’est pas un hasard si, en 2019, Virgil Abloh déclarait que « le streetwear est mort ». Il ne s’agissait pas d’un chant du cygne prématuré pour un style, mais d’une dénonciation lucide du vidage de sens d’une culture entière. Que tout change pour que rien ne change. Pourtant, demeure la valeur des réflexions audacieuses de Abloh, incarnées dans des pièces qui ont marqué l’histoire de la mode : de l’irrévérencieuse ceinture Industrial d’Off-White — véritable icône du style camp — à la doudoune « Tourist », en passant par cette robe blanche plissée et volumineuse, fusionnée à une veste windbreaker Arc’teryx, portée par Gigi Hadid sur le podium.
Toutefois, avec cette exposition au Grand Palais de Paris ouverte au public du 30 septembre au 10 octobre prochain, c’est surtout l’univers plus intimiste du créateur que l’on découvre. Oeuvres originales, prototypes, croquis, documents éphémères, et documents provenant de sa collection personnelle et de sa bibliothèque : plus de 20 000 objets issus de sa pratique dans la mode, le design, la musique, l’art et la publicité. C’est ces fameux ‘Codes’ qui illustrent la vision de Virgil Abloh, qui imprègnent son travail et qui sont l’âme de son l’héritage car « ils racontent l’intention créatrice et de la pratique archivistique qui ont façonné l’identité de Virgil, nous guidant, nous rappelant que la collectivité et l’accessibilité doivent être au centre de nos collaborations et de nos expressions », l’a rappelé Athithan Selvendran, directeur des opérations de Virgil Abloh Securities, directeur de la création de la Fondation Virgil Abloh et directeur de Virgil Abloh ArchiveTM️.
« Cette exposition — a fait savoir Shannon Abloh, fondatrice de la Fondation Virgil Abloh et présidente de Virgil Abloh Archive™ — n’est que le point de départ d’un travail visant à partager avec le monde entier l’héritage et les valeurs du créateur, toujours engagé en faveur d’un accès libre et collaboratif à l’information. »
Virgil Abloh, The Codes
30 septembre – 10 octobre, Grand Palais, Paris
