Curieusement, dans toute l’histoire du modernisme, le plus grand concepteur d’éclairage architectural est resté dans l’ombre. Plein feu sur un prince du chatoiement.
“Nous avons la nuit, les Européens ont le jour”, a lancé l’éminent critique d’architecture Douglas Haskell, qui avait identifié un modernisme nocturne spécifiquement américain, et flagrant dès les années 1920. La nouvelle skyline de Manhattan, les publicités de Times Square ou les lumières de Broadway ont fait de New York ce pays féerique de la nuit. Dans les nouvelles revues d’architecture, une imagerie nocturne d’une grande puissance iconique devenait alors essentielle à notre compréhension de l’architecture moderne. Au milieu du xxe siècle, nulle part ailleurs au monde on ne trouvait une telle concentration de concepteurs d’éclairage, de bureaux d’études et de fabricants spécialisés dans le développement de nouveaux équipements. New York fut le terreau fertile d’un magicien de la chose lumineuse : Richard Kelly. Sa croyance dans le pouvoir émotionnel de la lumière s’est exprimée avec fureur dans les créations de Mies van der Rohe, Richard Neutra, Eero Saarinen ou Louis Kahn. Quant à Philip Johnson, il refuse de réduire Richard Kelly au rôle d’éclairagiste, lui attribuant le titre d’architecte de la lumière”. Parmi les dizaines de milliers de pages de notes griffonnées par Kelly, conservées à l’université de Yale, il en est une, non datée, où l’on peut lire cette sentence soulignée avec force par le maître : “La vérité visuelle réside dans la structure de la lumière.”
*Cet article est issu de notre numéro d’hiver 2025. Pour ne manquer aucun numéro, vous pouvez également vous abonner.*





