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Untitled © Ren Hang

Derrière les clichés iconiques, chapitre 4

Par Justine Sebbag

Des panneaux publicitaires aux photos dump sur Instagram, notre quotidien est saturé d’images. Témoignant d’une époque, provoquant une émotion, certaines photographies sont cependant parvenues à s’imprégner dans nos esprits. Si bien que parfois, sans même connaître le nom de l’artiste, on reconnaît instantanément son univers, sa patte. C’est le cas des clichés iconiques que nous allons présenter dans cette série d’articles, afin de collecter au même endroit les images qui nous ont marqué et qui documentent le passé comme le présent. 

Après The Kitchen Table Series de Carrie Mae Weems, nos regards se tournent vers le photographe chinois Ren Hang. Étoile filante de l’art contemporain dans l’empire du Milieu, Ren Hang s’est ôté la vie en février 2017, un mois avant de fêter son trentième anniversaire. Comme de nombreux prodiges, son œuvre, bien que de courte durée, fut prolifique. En à peine dix ans, il fait des centaines de clichés qu’il ne prend pas la peine de nommer. Lorsqu’il est interviewé, il donne le sentiment de n’avoir rien à raconter de sa pratique ou de ses inspirations. À travers ce nouveau chapitre de la série « Derrière les clichés iconiques », nous allons tenter de déchiffrer l’énigme Ren Hang. 

Sur une photographie à la composition simple, un modèle aux lèvres rouges regarde droit dans l’objectif, entouré par de larges feuillages. Tout le style de Ren Hang tient dans ce cliché. Prise sur le vif avec un appareil compact Minolta, la photo confronte la nudité à la nature en jouant sur des contrastes colorimétriques marqués. Autodidacte, Hang quitte des études de marketing qu’il juge ennuyeuses et commence à prendre ses amis en photos. Pour le jeune homme, la nudité n’a rien d’un défi, il déclare l’utiliser dans un souci de réalisme. Cependant, son travail est controversé en Chine, où il est difficile (voire impossible) pour l’artiste d’être exposé en galerie ou de collaborer avec des magazines de mode. Son travail trouve cependant rapidement un écho à l’international et il rencontre quelques difficultés à protéger les droits de ses œuvres. 

Et si l’on a trop vite comparé son travail à celui de Terry Richardson, – à raison en ce qui concerne la spontanéité -, c’est du côté de Shūji Terayama qu’il faut se rapprocher pour mieux comprendre les influences de Ren Hang. Poète, dramaturge et cinéaste expérimental, Shūji Terayama mène une vie de bohème durant les années 1970 dans le quartier de Shinjuku à Tokyo, une ville qui l’inspire autant à écrire qu’à réaliser. Dans son premier long-métrage Throw Away Your Books, Rally on the Streets (1971), il livre une critique métaphorique du consumérisme croissant au Japon sur fond d’images psychédéliques et de chants punk. Son travail se prête à des comparaisons évidentes avec celui de Ren Hang. Comme Shūji Terayama qu’il admire, Ren Hang se considère comme un poète et écrit abondamment sur sa dépression en publiant des textes sur son blog personnel. À leur manière, chacun de ces deux artistes défie l’autorité de son pays d’origine et repousse visuellement les limites et conventions. Reste à savoir qui seront les héritiers de ces artistes dont les œuvres ont encore beaucoup à nous révéler.