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STUDIO DOUZE DEGRÉS

STUDIO DOUZE DEGRÉS : L’INNOVATION AU SERVICE DU BEAU

Par LEONARDO PETRINI

Quatre cerveaux valent mieux qu’un seul : c’est le mantra de Studio Douze Degrés, studio de design parisien fondé en 2023 par Marin Beganton, Adrien Kihlgren, Roman Faienza et Côme de Bourbon-Parme. Explorant des thèmes contemporains à travers la conception d’espaces, de scénographies et d’objets, le studio a déjà capté l’attention du milieu du design (et au-delà) grâce à sa création Flare, une lampe qui, à l’aide d’une lentille optique, transforme la simple flamme d’une bougie en un signal lumineux. Rencontre.

CitizenK : Comment la lampe Flare a-t-elle vu le jour ?

Roman Faienza : Le point de départ était la production et l’installation d’une scénographie à l’occasion du concert de l’artiste Argy pour Cercle sur les montagnes suisses, à 3 600 m d’altitude. L’événement se déroulait dans un observatoire astronomique, où il y avait naturellement des optiques pour observer les étoiles. C’est dans ce cadre qu’on a donc commencé à jouer avec des lentilles optiques. On s’est vite rendu compte de leur potentiel et, au sein du studio, on a commencé à imaginer comment pouvoir les utiliser, en étudiant les différentes options. Au début, on ne savait pas si on allait en faire un objet d’art, une installation à plus grande échelle ou un objet pour la maison.

C’est en explorant toutes les possibilités que nous avons eu l’idée du phare. Nous avons étudié cette infrastructure qui est à la fois scientifique et très poétique dans sa manière de réfléchir la lumière. Dans l’atelier, on a commencé à jouer avec une bougie et là, on a eu le déclic.

Vous misez beaucoup sur l’innovation. Que signifie « innover » pour vous ?

Côme de Bourbon-Parme : Quand on parle d’innovation, on peut penser tout de suite à la technologie. Nous n’avons rien contre le fait de travailler sur ce versant, car la technologie n’est pas ennemie, mais on ne pousse pas le curseur sur ce type de discours. Pour nous, l’innovation est plutôt question de comment on se rapproche d’un rituel qui existe depuis super longtemps. On ne veut pas d’innovation pour l’innovation. De cette approche est née la Flare aussi. On voulait en effet réinterpréter un simple geste, comme celui-là d’allumer une bougie, qui dans ce cadre devient contemporain et fait peau neuve.

La page d’accueil de votre site web affiche : « espaces. scénographie. objets ». En effet, plusieurs de vos créations ont été conçues pour l’événementiel. Dans vos projets, la recherche de l’effet scénographique prime-t-elle sur la fonctionnalité, ou l’inverse ?

RF : Au début, nous nous sommes concentrés sur la scénographie parce que nous sommes quatre profils avec des intérêts très variés qui sortent du cercle du design. On aime la photo, mais aussi la musique, la mode. Mais on considère avoir un pied dans la démarche scénographique et un pied dans la recherche de la fonctionnalité. C’est ça qui nourrit la manière dont on conçoit nos projets. 

Dans le contexte de la création d’un objet pour un événement, les contraintes techniques et logistiques font que la fonctionnalité dicte parfois l’esthétique. Par exemple, dans le cas de la Water Station, sa beauté réside dans l’affichage de ce qui généralement est dissimulé, voire le réseau électrique et tous les éléments clés pour le fonctionnement de la fontaine, qui réacquièrent ainsi une valeur esthétique. 

En même temps, nous ne négligeons jamais la recherche du spectacle dans la création d’un objet pour la maison. Dans ce sens, la lampe Flare est l’exemple parfait, car il s’agit d’un objet intéressant indépendamment de son utilisation. On peut la mettre au milieu du salon, mais on peut aussi l’utiliser en tant que déco dans le cadre d’un défilé.

Il me semble que la durabilité occupe une place importante dans vos projets à dimension sociale. Est-il aujourd’hui devenu impossible de concevoir du design sans intégrer la notion de durabilité ? Pourquoi ?

RF : Aujourd’hui, la durabilité est au centre de la conversation déjà dans le milieu académique. Dans le monde de l’événementiel, il y a de plus en plus une envie de trouver des modèles économiques différents. Et nous trouvons que ce n’est pas seulement un avantage d’un point de vue pratique, mais aussi du point de vue de la recherche artistique, car on est poussés à créer des objets qui peuvent assumer différentes formes, connotations et utilisations. Dans notre cas, cela s’exprime par exemple dans le travail sur certaines formes et certains matériaux.

À ce propos, vous employez souvent l’aluminium, comme dans le cas de la Water Station. Pourquoi ce matériau vous fascine-t-il autant ?

CdBP : L’aluminium est l’un de nos matériaux de prédilection, car il y a énormément de disponibilité sur le marché et car il possède une versatilité unique en son genre. Il est léger, on peut le moduler en le chauffant à une température relativement basse. En même temps, on peut toujours le démonter, ou le fondre pour en faire quelque chose de nouveau, donc c’est l’un des seuls matériaux que l’on peut vraiment recycler.

Vous parliez toute à l’heure de votre propension à explorer des territoires différents de celui du design pur et dur. Lors de la dernière Fashion Week Homme de Milan, vous avez collaboré avec le créateur de mode Domenico Orefice, qui a présenté sa dernière collection à la Fondazione Sozzani. Pouvez-vous en parler ?

RF : La connexion entre ce défilé et nos designs était assez évidente et naturelle. Cette collection baptisée LUMEN symbolisait en effet le sentiment d’arriver au sommet d’une montagne, donc il y avait forcément une réflexion sur le concept de lumière. Au départ, nous avons décidé d’utiliser la Flare pour la déco en raison de son potentiel scénique, et donc nous avons posé plusieurs lampes sur des piliers de béton ou sur une couche de mousse, ce qui faisait un beau contraste avec le caractère brutaliste de la Fondazione Sozzani.

À partir de ça, on a voulu pousser la collaboration plus loin. C’est comme ça que nous avons conçu un totem ayant l’air d’un phare fonctionnant avec neuf lentilles et trois bougies pour l’allumage. La cerise sur le gâteau a été le collier porte‑briquet recréant l’effet de la Flare.

Que nous réservez‑vous pour 2026 ?

RF et CdBP : Justement, nous allons lancer une nouvelle version de la Flare qui multipliera le nombre de bougies, donc nous allons pousser plus loin la recherche autour de l’optique. Puis, il y aura de l’espace pour de la scénographie et pour la collaboration avec d’autres marques.