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Photo, Julie Ansiau

Parenthèse à Cargèse

Par Joséphine Roney 

À Cargèse, village de la côte occidentale marqué par son héritage grec et ses deux églises tournées vers la mer, Mylos s’intègre au relief du maquis. Ouvert à l’été 2025, l’hôtel entame sa deuxième saison en conservant ce qui a fait le charme de ses débuts : le calme, la douceur et ses vues sur la Méditerranée.

Il suffit parfois de peu pour comprendre que les vacances ont commencé. Dès la sortie d’Ajaccio, la route vers Cargèse devient vallonnée, longe les montagnes et laisse apparaître la mer par intermittence au fil des virages. Le trajet installe déjà une autre cadence.

Mylos se situe donc entre Ajaccio et Calvi, à proximité de Piana. Le village descend vers la mer par des rues étroites et pentues. Deux églises s’y font face, l’une latine, l’autre grecque, rappelant l’installation, au XVIIIe siècle, d’une colonie grecque qui avait fui le pays quelques décennies auparavant. Les serviettes accrochées aux fenêtres des maisons massives, aux murs épais, volent au gré du vent, les façades sont simples et ne regorgent pas de fioritures, les tables sont dressées sur les balcons et les chaises de jardins ici et là rarement vides. C’est dans cette ambiance et cette architecture locale que le cabinet Orma Architettura a puisé pour concevoir l’hôtel.

En grec, Mylos désigne un moulin, en référence aux ruines situées sur la colline qui domine l’hôtel. Construit dans la pente et réparti en plusieurs bâtiments, l’établissement a été pensé pour s’intégrer au paysage sans former un bloc trop visible depuis Cargèse. Les toits sont végétalisés, les volumes suivent le relief et les chambres se répartissent entre le bâtiment principal et deux constructions en restanques. Escaliers, coursives et allées relient les différents espaces, donnant davantage l’impression de circuler dans un petit village que dans un hôtel. Au fil de la découverte, on traverse un patio occupé par un grand belombra, puis on rejoint le restaurant, après les deux piscines. Tout est très calme, à l’image de la décoration sobre, les murs texturés et les formes arrondies donnent suffisamment de cachet. Oliviers, immortelles, myrtes, lentisques et autres plantes méditerranéennes entourent les bâtiments. 

La réussite architecturale tient aussi, surtout, aux matériaux. La terre et les pierres extraites lors du chantier ont été réutilisées pour produire deux bétons propres au site. Le premier, plus sec, dessine des couches couleur terre sur les bâtiments en restanques. Le second contient des fragments de tuiles concassées, visibles sous la forme de petites touches rouges. Les sols n’ont pas été artificiellement imperméabilisés, afin de laisser l’eau de pluie s’infiltrer naturellement. La construction reste très minérale, mais les plantations et les toitures végétalisées empêchent toute apparence austère. Pour l’intérieur, Dorothée Meilichzon s’est inspirée de l’histoire de Cargèse en imaginant entre autres, des alcôves, des arches et des colonnes ainsi que des salles de bains rappelant l’architecture antique. Et puis, parmi les atouts non négligeables : il y a la mer qui apparaît depuis les chambres, les balcons, les couloirs et les terrasses. 

La piscine extérieure se trouve évidemment elle aussi face à la mer. Elle est assez grande pour nager, mais on y vient surtout pour rester autour. On peut commander quelque chose à grignoter et passer le plus clair du temps sur un transat, si l’on est chanceux on peut même profiter de ceux installés directement dans l’eau ! La vue aide à ne pas trop culpabiliser de n’avoir absolument rien prévu d’autre. Un peu plus à l’écart, l’espace baptisé la Grotte a des allures de pièce secrète. Il abrite une piscine intérieure entourée de parois minérales, dans une lumière basse qui pousse instantanément dans les bras de Morphée. Une fois de plus, prière de ne pas s’y aventurer avec des choses urgentes à faire : une fois en position allongée, vous ne répondrez plus de rien. 

Le soir, rendez-vous sur la terrasse du restaurant Teos pour être aux premières loges des couchers de soleils qui s’attardent. Le menu, sous la houlette de Pierre Geronimi, maître glacier installé à Sagone associe les produits corses à des influences grecques. Les légumes viennent de producteurs de Sari-d’Orcino et de la vallée du Prunelli ; les poissons sont issus de la pêche locale, tandis que les fromages et les viandes sont sourcés sur l’île. Pierre Geronimi ajoute évidemment sa touche de glacier à travers la glace aux agrumes qui accompagne le poisson, celle au fromage servie avec une viande ou encore le tiramisu à l’ouzo. La cuisine est fraîche, généreuse et la carte assez variée pour convaincre d’y revenir tous les soirs afin de ne rien manquer. 

Puisque nous sommes forcés d’admettre qu’il existe un monde en dehors des murs de cet établissement malgré ce qu’il tente de nous faire croire, plusieurs randonnées au départ de l’hôtel sont possibles et valent le détour, sans mauvais jeu de mot. Elles permettent de rejoindre les hauteurs de Cargèse et de marcher dans le maquis avec la mer en contrebas. 

Cela semble assez clair, Mylos est un endroit où l’on passe beaucoup de temps à ne pas faire grand-chose, sans pourtant avoir l’impression de perdre sa journée. On nage, on mange, on lit, on dort, on regarde la mer. Au bout de quelques jours, repartir semble demander une organisation disproportionnée par rapport à l’acte qui consiste à fermer une valise.

Infos et réservation : Mylos, Chemin de Paomia Montalbo, 20130 Cargèse 

contact@mylos-hotel.com

Photos par Julie ANSIAU