Cet été, Ingmar Björn Nolting vous donne rendez-vous sur les terres d’Yves Rocher afin de découvrir une partie de sa malicieuse anthologie climatique.
Avril 2023, l’Allemagne sort du nucléaire et ses trois dernières centrales coupent le jus. Au même moment, Ingmar Björn Nolting, jeune photoreporter allemand, entame un travail de longue haleine avec sa série An Anthology of Changing Climate dont les prémices ont vu le jour au moment du Covid. Sa mission ? Documenter l’ambitieux projet alle- mand de devenir une nation industrielle climatiquement neutre d’ici à 2045. Son approche ? Un regard pointu mais jamais dépourvu d’un subtil second degré. Si le cœur des Allemands balance entre industrie et écologie, celui de Nolting maîtrise parfaitement l’équilibre entre engagement et malice. Il capture les plus beaux paradoxes de nos voisins germaniques et les expose en grand format à La Gacilly jusqu’au mois d’octobre.
DOCUMENTER L’AMBITIEUX PROJET ALLEMAND DE DEVENIR UNE NATION INDUSTRIELLE CLIMATIQUEMENT NEUTRE D’ICI À 2045
UN PARC D’ATTRACTIONS NUCLÉAIRE
À peine trois ans plus tard, alors que la guerre au Moyen-Orient fait à nouveau flamber les coûts de l’énergie, l’Allemagne s’interroge déjà. Peut-elle réellement compter sur les énergies vertes ou devrait-elle rouvrir ses centrales ? Problème : la plupart de ses sites nucléaires ont déjà été démantelés et certains n’ont même jamais produit un seul kilowatt d’électricité. C’est notamment le cas de la centrale de Kalkar dont le chantier n’a jamais été terminé, à cause de l’accident de Tchernobyl. Dès 1995, Wunderland Kalkar, un parc d’attractions, ouvre ses portes sur le site déclassé et inclut pleinement la tour aéro-réfrigérante dans ses plans. Nolting a le sens du cadrage, de celui qui attire autant qu’il questionne. II nous avoue : “Je compose mes idées par strates successives et je cherche toujours à y ajouter quelque chose. J’aurais pu me contenter d’aller prendre ma photo, mais mes recherches m’ont mené ailleurs.” Ce quelque chose, c’est son humour et sa quête du moment aussi farfelu qu’authentique qui vous fait avant tout sourire.
Ces clichés s’insèrent dans le puzzle géant que construit Nolting, alternant entre les photographies de commande qu’il réalise pour la presse internationale et les images qu’il part capturer lui- même. Mais ne vous méprenez pas, ces photos ne sont pas des traces d’un photographe qui était simplement là au bon endroit et au bon moment. Il s’agit d’un long travail en amont, de nom- breuses recherches, de demandes d’auto- risations et de financements. Il admet savoir souvent ce qu’il veut photographier avant même d’arriver sur les lieux, y compris ce petit twist qu’il souhaite ajouter afin d’amener sa réflexion, et celle de ceux qui regarderont ses images, toujours plus loin : “Ce que j’aime vraiment dans la photographie, c’est que tout le monde peut s’y identifier directement. Il n’est pas nécessaire de lire beaucoup de livres ni d’être un fin connaisseur du monde de l’art pour la comprendre.”
CES PHOTOS NE SONT PAS SEULEMENT DES TRACES
D’UN PHOTOGRAPHE QUI ÉTAIT SIMPLEMENT LÀ AU BON ENDROIT ET AU BON MOMENT
La première image fondatrice de l’antho- logie remonte à 2020, à Dresde, lors de la coupe du monde de ski de fond. On découvre une piste blanche contras- tant avec la verdure et la ville environ- nante. Aujourd’hui, ces images interrogent et dérangent aussi car, derrière ce manque de neige, se cache la fragilité de tout un sport et tout un système : “Ce projet porte sur la manière dont nous vivons en tant que société moderne, mais aussi sur le capitalisme. Pas besoin d’être allemand ni de s’intéresser de près à la politique climatique allemande pour le comprendre.”
Et cette femme qui se tient à un arbre au milieu d’une dense forêt ? Si vous deman- dez à Nolting les coulisses de ce cliché, il vous dévoilera sans doute que 70 % de la forêt est morte, notamment à cause des monocultures alentour. Cette femme et ces quelques arbres sont alors les sym- boles d’une certaine résilience, de la na- ture et de l’être humain. En effet, cette femme fait partie d’un groupe qui vient, contre toute attente, se reconnecter à la nature dans ce qui reste de la forêt, tout comme ces naturistes qui ne cessent de chasser l’harmonie avec leur environ- nement. Nolting nous questionne : “Si nous voulons que les choses changent, il faut un effort collectif mais, pour l’ins- tant, tout le monde est submergé par tout le reste, donc il n’y a plus de place pour ça. Peut-être est-ce déjà trop tard ?” Pourtant, on ne cesse de voir un para- doxal optimisme dans ses clichés. Les moments recherchés et choisis portent tous des contradictions, certes,
INGMAR BJÖRN NOLTING A LE SENS DU CADRAGE, DE CELUI QUI ATTIRE AUTANT QU’IL QUESTIONNE
mais aussi un acte de défiance envers une finalité fataliste. L’homme est toujours là, quelque part, face ou avec la nature. Sans nier la gravité de la situation, Ingmar Björn Nolting garde toute son ironie et c’est là toute sa réussite.
L’IMPACT DE LA PHOTOGRAPHIE IMPRIMÉE
En 2025, Nolting a reçu le prix photo Fondation Yves-Rocher Visa pour l’image, ce qui lui a permis de financer une nouvelle vague de photos étrangement plus optimistes malgré un contexte qui ne cesse de se complexifier. Il est donc allé visiter, entre autres, des laboratoires ou des écoles afin de garder son œil résilient et de proposer des clichés singuliers. Ainsi, la sélection réalisée par Cyril Drouhet, commissaire des expositions du Festival qu’il a fondé avec sa femme Florence il y a quinze ans, propose un arrêt sur images unique. “L’impact d’une photographie imprimée dans une exposition est tout à fait différent, car on prend le temps de la regarder, on peut s’en approcher, reculer, la mettre en relation avec d’autres images de cette exposition ou peut-être avec une exposition que l’on a vue auparavant. C’est donc une expérience tout à fait particulière”, reconnaît Nolting qui avait hâte d’expérimenter ses images sous cette nouvelle forme. Quand on lui demande si toutes ces histoires contextuelles seront dévoilées lors du Festival, il nous avoue qu’il préfère ne pas trop informer les visiteurs, après tout “le cerveau humain est une machine à confirmer”.
SANS NIER LA GRAVITÉ DE LA SITUATION, INGMAR BJÖRN NOLTING GARDE TOUTE SON IRONIE ET C’EST LÀ TOUTE SA RÉUSSITE
Nous vous laissons donc le soin d’aller voir par vous-mêmes.










