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Basquiat avec son installation Klaunstance (1985) à l’Area, 1985. Photo © Ben Buchanan

La musique, premier amour de Basquiat

Par Sirine El Ansari

De son groupe de musique Gray à son amour pour la night life new-yorkaise, Jean-Michel Basquiat était un mélomane dans l’âme. À Montréal, l’exposition À plein volume : Basquiat et la musique met en lumière jusque mi-février la musicalité de l’enfant radieux, omniprésente dans ses peintures et dans son quotidien. Une immersion picturale et sonore réalisée en collaboration avec le Musée de la musique de la Philharmonie de Paris, qui accueillera l’événement juste après, à partir du mois d’avril.

Jamais deux sans trois pour le Musée des beaux-arts de Montréal et le Musée de la musique de la Philharmonie de Paris : après Miles Davis (We want Miles. Miles Davis : le jazz face à sa légende) en 2010 et Marc Chagall (Chagall : couleur et musique) en 2017, les deux institutions culturelles renouvellent leur collaboration et explorent cette fois-ci l’univers artistique et musical de Jean-Michel Basquiat. Renommée Basquiat Soundtracks, l’exposition actuellement présentée au Québec traversera l’Atlantique en avril pour s’installer dans la capitale tricolore jusqu’au 30 juillet, à la Cité de la musique. Sous le commissariat de Mary-Dailey Desmarais, Vincent Bessières et Dieter Buchhart, cette entente canado-française a pour vocation de plonger les visiteurs dans l’univers pictural et musical de l’artiste emblématique new-yorkais, mort prématurément en 1988 à l’âge de 27 ans des suites d’une overdose.

L’oiseau nocturne de New York

Touche-à-tout insatiable, Basquiat s’épanouit en tant qu’artiste multidisciplinaire dans l’effervescence new-yorkaise des années 1970-1980. Sa rencontre avec le réalisateur Michael Holman lors d’une soirée organisée en 1979 l’inspire à monter un groupe de musique industrielle nommé Gray : les sonorités noise rock qui s’échappent des archives vidéo projetées au début de l’exposition donnent le la aux visiteurs. À une époque où la new wave résonne dans toutes les boîtes et lofts de la ville, Basquiat emporte les membres de son groupe sur les sentiers de l’expérimentation musicale avec des compositions originales et d’avant-garde.

La nuit, cet habitué des clubs underground du Lower Manhattan s’improvise DJ, jusqu’à apparaître aux platines dans le clip « Rapture » du groupe Blondie en 1981. La même année, l’artiste décide de quitter son groupe afin de se consacrer à sa carrière d’artiste-peintre. Au sommet de sa carrière, Basquiat continue de fréquenter les spots alternatifs de l’île aux côtés d’artistes mythiques tels que Madonna ou Grace Jones, dont les clichés pris au Polaroïd sont à observer dans la première partie de la visite.

L’expression graphique du son 

Notes de solfège, onomatopées, pictogrammes liés au bruit… les peintures de Basquiat regorgent de symboles mélodiques. Malgré leur apparence cacophonique due à la surcharge de détails, les peintures de Basquiat se lisent comme des partitions de musique. Tel un musicien, Basquiat superpose les couches de peinture dans ses compositions, comme pour y apporter la même substance qu’une production de hip-hop. Sa manière de traduire les sons et de les transposer sur la toile fait de lui un artiste pictural à la technique musicale : ses peintures résonnent, détonnent et témoignent d’une improvisation semblable aux mélodies des standards de jazz. En faisant usage de la répétition de mots, il offre une voix à ses créations, les transformant parfois en chant canonique. Chez Basquiat, le mystique est sonore et se transcrit sur la toile. Pour mieux le comprendre, la musique accompagne évidemment les visiteurs tout au long du parcours de l’exposition. 

Boulimique de musique

La musique fait partie intégrante de la pratique artistique de Basquiat. Dans le studio new-yorkais qu’il loue à Andy Warhol, situé au 57 Great Jones Street, l’artiste peint au rythme des vinyles qu’il collectionne, soit plus de 3 000 albums. Rien n’échappe aux oreilles de ce mélomane, qui fait de l’éclectisme sa philosophie. Pour autant, ce sont le jazz, le bebop et le hip-hop qui animent le plus les œuvres de Basquiat, des genres musicaux marqueurs d’une époque où les luttes sociales fragmentent l’Amérique. Il s’en imprègne et emprunte les techniques issues de ces courants pour concevoir ses toiles. Parmi elles, le sampling,ou échantillonnage, une technique propre au hip-hop qui consiste à utiliser des extraits sonores préexistants et à les intégrer à une nouvelle production musicale. Basquiat s’en inspire et pioche du texte et des images dans de nombreux magazines, guides de voyage ou programmes télé. Conscient de son statut d’artiste noir, il s’identifie aux célèbres jazzmen Miles Davis, Charlie Parker et Dizzy Gillespie qu’il considère comme ses héros. Plus que de simples modèles, ces musiciens font figure d’ancêtres pour Basquiat, qui leur dédie plusieurs de ses toiles, dont Discography Two (1983), Horn Players (1983) et Arm and Hammer II (1984).  À la question “Comment décririez-vous votre art ?” Basquiat répondra: « Je ne sais pas comment décrire mon travail. C’est comme demander à Miles Davis : comment sonne votre trompette ?

L’exposition À plein volume : Basquiat et la musique est à voir jusqu’au 19 février 2023 au Musée des beaux-arts de Montréal. L’édition parisienne nommée Basquiat Soundtracks aura lieu à la Cité de la musique, du 6 avril au 30 juillet 2023.