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CONGÉS PAYÉS AU VIEUX CAMPER

Par JULIAN DE SOUVIGNY

Au Vieux Campeur, on n’entre pas comme dans une boutique. On n’y va pas pour regarder. On y va parce qu’on part. Ou parce qu’on pense partir. Parce qu’on a besoin d’une veste, d’un sac, d’un objet qui tient quand la journée s’allonge. Depuis 1941, la maison existe dans cette logique-là : l’usage d’abord. Le terrain ensuite. Le style, s’il vient, vient après.

Alors forcément, quand Au Vieux Campeur signe une collection, ce n’est pas un projet mode. C’est une première, développée sous son propre nom. La collection s’appelle Congés Payés. Ce nom n’est pas un clin d’œil. Il a du poids. Il a une histoire. En 2026, cela fait quatre-vingt-dix ans que ce droit existe.Les congés payés, ce n’est pas seulement du temps libre.

C’est une France qui se met à bouger. Des trains pleins. Des villes qui se vident. Des départs. Des retours. Un pays qui comprend qu’on peut partir sans excuse. Et ce basculement invente aussi un vestiaire. Ni uniforme. Ni cérémonie. Des vêtements faits pour durer une journée entière. Pour se salir un peu. Pour être froissés, portés trop longtemps. Pour rester là. La collection commence ici. Pas par une tendance. Pas par une image.

Le projet naît d’une rencontre avec Merci, à Paris, et de l’impulsion d’Arthur Gerbi. Elle y est présentée en 2026, sous la forme d’un ensemble de vêtements, d’accessoires et d’objets du quotidien. Gerbi ne dessine pas des personnages. Il déplace les objets. Il les sort de leur fonction pure. Il les rend regardables  sans les rendre fragiles.

Pour accompagner le lancement, un document réapparaît : le manuscrit du discours de Léon Blum, lié à la loi de 1936. Un papier ancien, exposé chez Merci. Le temps libre existe aussi sous cette forme. Écrit. Conservé. Resté là.

Autour de ce texte, il y a l’autre matière : celle du Campeur lui-même. Des archives. Des catalogues des années 50–60. Des images. Des typographies. Une manière de dire les choses sans insister. Dans la collection, ça se voit.

Des vestes de travail à poches larges. Des mailles épaisses. Des chemises robustes. Des pantalons amples, qu’on peut porter trop longtemps sans y penser. Des accessoires simples  des choses qu’on attrape avant de sortir. Rien ne cherche à faire joli. Tout cherche à tenir. Et puis, ça déborde. Parce que partir ne s’arrête pas aux vêtements. Il y a aussi des objets. De la céramique. Des choses de cuisine. Même du miel, du granola.

On mange. On range. On repart. Merci accueille l’ensemble sans le transformer. Les objets restent ce qu’ils sont. Disponibles. Silencieux. Congés Payés ne cherche pas à prouver quoi que ce soit. Elle apparaît. Comme apparaissent les choses qui ont toujours eu leur place. Après, il n’y a plus grand-chose à ajouter. On s’habille. On part. Et le temps libéré fait le reste.