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Photo, Mathieu Marie

PETE LA FORME

Par Joséphine Roney

À Saint-Aubin-sur-Mer, en Seine-Maritime, Pete the Monkey réunit chaque été concerts, ateliers en tout genre et joyeux désordre. Un festival engagé, à taille humaine, où l’on vient pour la musique, avant de découvrir qu’elle n’est qu’une infime partie du plaisir.

Le matin, serviettes sur l’épaule, les festivaliers prennent le chemin de la plage, à dix minutes à pied. Les Saint-Aubinois assistent à cette invasion pacifique, un peu étonnés, souvent amusés. Un plongeon dans la Manche et l’on regagne le site, où la journée a déjà commencé. Car chez Pete, la fête n’attend pas la nuit.

Dès le déjeuner, entièrement végétarien, on hésite entre un atelier de sérigraphie, une séance de céramique ou une initiation à la vannerie. Plus loin, on grimpe dans les arbres, on danse, on chine des fripes et l’on découvre de petits créateurs. Les enfants ont leur programme, les adultes retrouvent le goût de jouer. D’un espace à l’autre, chacun suit ses envies, avec toujours quelque chose à découvrir au passage.

Mention spéciale à l’esprit fête foraine qui traverse les lieux, nourri de décors fantasques, de cirque et de performances. Avec les cabarets de La Folie Furieuse, leurs créatures extravagantes et leurs clowns volants, la soirée prend un tour délicieusement débridé. Le stand-up trouve aussi sa place, avec un humour engagé qui sait ne pas se prendre trop au sérieux. On circule, on s’arrête, on repart, le plus difficile est finalement de rester longtemps au même endroit.

La musique donne pourtant de bonnes raisons de se fixer devant une scène. Pour cette édition 2026, Sébastien Tellier et Ino Casablanca côtoient Yoa, Camille Yembé, Kids Return ou les Australiens de Radio Free Alice, pendant que Twerkistan fait monter la température. Une programmation où les têtes d’affiche entretiennent le goût de la découverte, fidèle à un festival qui a notamment accueilli Etienne de Crécy, L’Impératrice et Parcels.

Pour souffler, direction les saunas et les bains froids, ou le Cosmic Cocoon, où se succèdent yoga, massages et art-thérapie, avec un dresscode aussi minimaliste que possible, où l’on peut notamment découvrir le massage aux feuilles, une tradition russe. Dans ce rituel du banya, un venik, bouquet de branches généralement de bouleau, de chêne ou d’eucalyptus trempé dans l’eau chaude, sert à fouetter le corps, avec une délicatesse revigorante. Le tout accompagnée par une chanteuse russe (évidemment) et sa guitare. Une drôle de parenthèse, avant de retourner danser plus relaxés que jamais. Le soir, les groupes se retrouvent et Pete se transforme en une géante fête de famille, les disputes en moins.

Cette bienveillance a des racines. Né dans le sillage d’une vidéo devenue virale montrant un singe recueilli en Bolivie, le festival soutient la Comunidad Inti Wara Yassi, qui accueille des animaux victimes de la déforestation et du trafic illégal. Depuis 2012, cette vocation solidaire accompagne son développement. Les échanges organisés avec Hum Média prolongent la réflexion autour du vivant et de l’écologie ; Camille Étienne et Lamya Essemlali figurent parmi les personnalités déjà invitées.

Cet engagement est inhérent au festival et se retrouve évidemment dans les coulisses, notamment à travers les décors et matériel réutilisés d’une année à l’autre, le fait de privilégier les matériaux recyclés ou bien la distribution aux associations locales des potentiels surplus alimentaires. Une démarche récompensée par la meilleure distinction d’A Greener Festival, « Outstanding », pour l’édition 2022. Les chartes du festival accordent la même attention aux personnes, en faisant du consentement, du respect et de l’inclusion des conditions de la fête. Cela se ressent dans les rencontres, dans la liberté de passer d’une ambiance à une autre, et dans cette facilité à se sentir chez soi au milieu de gens que l’on ne connaissait pas la veille.