Tout entier à son art, comme extrêmement lucide sur l’industrie dans laquelle il évolue, Tristan Zanchi se raconte sans filet, encore auréolé du succès de GIGN, mini-série française qui vient de lui offrir son premier grand rôle.
CitizenK Homme : Ton feed Instagram regorge de publications autour d’un grand nombre de films t’ayant marqué. À quand remonte ton amour pour le cinéma ?
Tristan Zanchi : Déjà petit, j’étais dingue de cinéma, et je pense que je n’aurais pas tra- versé toutes ces épreuves si je n’avais pas entretenu un rapport aussi spécial avec cet art. Venant d’une toute petite ville, Autun, en Bourgogne, le cinéma m’a permis de rê- ver beaucoup plus grand que ce que mon environnement me le permettait. J’ai gran- di seul avec ma mère, qui travaillait énor- mément, j’avais des problèmes à l’école et je repoussais très tard les devoirs pour vi- sionner des films, d’autant que j’ai connu les débuts du streaming, ce qui a constitué une grande part de ma cinéphilie. J’admirais Brad Pitt, Tom Cruise… soit des figures pa- ternelles que j’ai longtemps cherchées dans ma vie intime, mon père étant absent. Et puis j’ai vécu chez ma grand-mère quelques années à l’adolescence et on regardait des films non-stop, parfois trois d’affilée ! Le cinéma a été une grande échappatoire.
Comment, à partir de cette fascination entêtante pour des acteurs et des films, tu en viens au jeu et à de premiers rôles dans des courts métrages en 2018 ?
Quand tu viens d’une si petite campagne, tu n’imagines pas que cet avenir-là est possible, mais ma mère m’a poussé à passer le concours de mannequinat Elite. J’en suis sorti finaliste, ce qui m’a offert un contrat international et l’occasion de monter vivre à Paris, une ville que je ne connaissais pas du tout. L’agence, préve- nue de mon désir de devenir comédien, m’a trouvé un casting assez rapidement. C’était exactement comme je l’avais rêvé, comme Brad Pitt qui est arrivé à Los Angeles avec 500 balles en poche et pour qui ça a marché dès l’arrivée ! Ce casting-là, je me suis dit que c’était la chance de ma vie, qu’il fallait que j’y arrive à tout prix. Il se trouve que je n’avais pas bien lu la biographie de Brad Pitt car ça n’a pas tout de suite marché pour lui en fait… ni pour moi ! (rires) Si je n’ai pas eu le rôle, le directeur de casting m’a repéré et m’a coaché avec beaucoup de générosité. J’avais tellement galéré pendant mon adolescence, entre le harcèlement et l’absence de mon père, que j’avais vraiment à cœur de faire quelque chose d’unique et d’être quelqu’un de spécial aux yeux des gens.
On t’a découvert cet été dans GIGN sur Netflix, mini-série où tu campes Max, jeune recrue très volontaire et obsédée par la figure d’un père décédé. Un vrai premier rôle où faire exister plusieurs de tes visages.
À l’origine, j’avais auditionné pour un second rôle. On n’était plus que deux en lice, j’étais en fin de période d’intermittence, je bossais dans une entreprise de déménagement ; il fallait que ça marche. J’étais à deux doigts de partir tenter ma chance aux États-Unis car, en France, j’avais toujours le sentiment de ne pas correspondre physiquement à ce qui était recherché. On est tellement dans une aristocratie cinématographique ici que c’est compliqué de faire son trou, d’autant plus quand tu viens de rien, que tu n’as pas suivi de formation. En casting, il faut presque montrer que tu es un peu détaché pour provoquer le désir chez l’autre, que ce ne soit pas marqué sur ton front que tu veux le rôle, ce qui est très difficile puisque beaucoup d’entre nous attendent cette opportunité depuis des années en bossant dans des restos ou autre… Et puis, quelques semaines après le casting pour GIGN, je suis en train de transporter des cartons quand mon agent m’appelle et me dit que l’un des rôles principaux a décliné et que le réalisateur a pensé à moi pour le remplacer ! J’ai bossé le personnage pendant des semaines et j’ai fini par l’avoir… en mentant beaucoup.
C’est-à-dire ?
Le directeur de casting m’avait dit qu’il fallait que je me montre très masculin lors du rendez-vous avec Julien Leclercq, le réalisateur, car je faisais trop danseur. J’avais mis un T-shirt bien moulant, avec un pantalon cargo, et je suis arrivé en roulant des mécaniques. J’ai dit à Julien que j’avais
“EN VOYANT TOP GUN, J’AVAIS EU ENVIE DE DEVENIR PILOTE, TOUT COMME JE VOULAIS DEVENIR BARMAN APRÈS AVOIR VU COCKTAIL. POUR FAIRE TOUS LES MÉTIERS DU MONDE, IL N’Y A QU’UNE SOLUTION : DEVENIR ACTEUR !”
fait l’école militaire, vu qu’à Autun, il y a un collège et un lycée militaires, que je voulais entrer à l’armée de l’air, etc. Ce n’était pas totalement faux parce qu’en voyant Top Gun plus jeune, j’avais eu envie de devenir pilote, tout comme je voulais devenir barman après avoir vu Cocktail. Pour faire tous les métiers du monde, il n’y a qu’une solution : devenir acteur ! La preuve, j’ai pu rentrer à l’armée avec GIGN. Après cette rencontre, je me suis assuré de poster des vidéos sur Instagram où on me voyait m’entraîner à la boxe. Julien m’a confié plus tard que c’est ça qui avait complètement changé la donne. Il avait fait des captures d’écran et s’en servait pour affiner le personnage à l’écriture !
Max n’est pas la personne la plus volu- bile qui soit et beaucoup de ce qu’il traverse se lit dans son regard, dans ses silences, et dans une certaine corporalité.
On a travaillé sur la physicalité avec mon coach. J’essayais de mettre les épaules un petit peu plus en avant, d’être un pe- tit peu moins droit, moins gracieux. On a beaucoup regardé Top Gun, avec un Tom Cruise qui se tient toujours très droit. La pratique régulière de la boxe m’a aidé à m’assouplir un petit peu, à être habile, et puis je faisais beaucoup d’étirements pour être à l’aise dans les cascades, ne pas me faire mal au dos et tenir des positions inconfortables. J’ai aussi dû prendre cinq kilos, alors je me suis gavé pendant un mois et demi en suivant un régime fort en poulet. Pas de bol, au bout de trois jours, j’ai attrapé une grippe et perdu trois kilos. (rires)
Si ton parcours est émaillé de rôles en anglais, tu es ici entouré d’un casting très français, d’acteurs reconnus qui, à l’image de ce que ton personnage vit dans la série, pourraient faire office de parrains. Qu’as-tu appris au contact des acteurs chevronnés que sont Tomer Sisley et Guillaume Gouix ?
Mon coach m’avait conseillé de ne pas me laisser intimider lorsqu’on m’a proposé un callback (deuxième audition, ndlr) où je devais jouer face à Tomer Sisley. Certes, je n’avais pas une longue carrière derrière moi mais j’avais quand même tourné dans The Walking Dead: Daryl Dixon, série que j’adorais adolescent, pour une scène assez intense avec le héros, mais aussi dans la série sur Christian Dior avec John Malkovich (The New Look, ndlr). Face à Tomer, je ne me suis donc pas montré impressionné, ce qui a bien plu à l’équipe qui cherchait ce genre d’attitude pour mon personnage. Tomer est un acteur dont j’ai beaucoup appris. Il cherche, il n’a pas peur d’aller à son rythme dans le jeu. C’est quelque chose que je n’ai pas encore pu mettre en pratique mais que je vais déployer pour mes prochains projets : tenter, savoir qu’on peut se vautrer un peu sans que ce soit grave. Quant à Guillaume Gouix, je ne pourrais jamais copier ce qu’il fait tant sa méthode de travail est spéciale. Il va te faire les pires vannes juste avant la prise puis être méga sérieux sans que ça n’ait d’incidence sur son jeu. Il a un talent comique extraordinaire.
Tu évoques la suite… Quel genre de cinéma aimerais-tu investir ?
Bird (A. Arnold, 2024, ndlr) ou La Chimère (A. Rohrwacher, 2023, ndlr) sont des films que je rêve de faire car ils me procurent une émotion dingue. En les visionnant, je me suis dit qu’il n’y avait rien de plus puissant que le cinéma. Quelle chance d’être spectateur d’une performance comme celle de Franz Rogowski (l’acteur principal de Bird, ndlr) ! J’approche un film en fonction de l’émotion qu’il m’amène, sans chercher à savoir s’il est parfait. C’est vers ce cinéma- là que je veux me tourner. Si ce n’est pas en tant qu’acteur, en tant que réalisateur.
Tu as des projets de réalisation ?
Oui, j’ai écrit le scénario d’un court métrage, Le Dernier Jambon, qui devrait se tourner à l’automne, avec Philippe Rebbot et Jean-Charles Clichet dans les rôles- titres. Ensuite, j’aimerais me lancer dans un second film, à voir s’il s’agit d’un court ou d’un long, beaucoup plus personnel sur un homme qui recherche son père devenu imam en Algérie.






