L’été à Paris, c’est sous-côté comme un plan annulé à la dernière minute. Les meilleurs vins se dégustent en terrasse, sous un soleil qui caresse le visage, à condition que la canicule ne s’en mêle pas. Les parcs accueillent les programmations pointues des cinémas en plein air. Et surtout, des dizaines d’expositions s’offrent à ceux qui sont de passage, mais surtout à ceux qui restent dans la capitale et peuvent profiter de l’offre artistique dans un cadre plus apaisé. C’est bien le moment où l’on peut rattraper les rétrospectives que l’on n’a pas encore eu le temps d’admirer ou de découvrir en temps record les nouveautés des galeries et des musées, avant le rush de la rentrée. Ici, nous vous proposons une sélection d’expositions consacrées à des artistes femmes aux talents les plus variés et issues d’époques et de contextes différents. Peintres, photographes, et vidéastes reconnues pour leur point de vue unique.
Lee Miller au Musée d’Art Moderne
Le mannequinat ne suffisait pas à Lee Miller, qui, à partir de la fin des années 1920, s’affirme progressivement comme artiste surréaliste, portraitiste, photographe de mode et correspondante de guerre accréditée par l’armée américaine. Les clichés rassemblés par le Musée d’Art Moderne, retraçant ses débuts à New York, sa vie londonienne, mais aussi son séjour en Égypte et les années de la Seconde Guerre mondiale en Europe, offrent une perspective à la hauteur de son génie.
L’application de la solarisation (une technique consistant à exposer un tirage ou un négatif à la lumière pendant le traitement, afin d’obtenir une inversion partielle des tons de la photo) ne fut que l’un des accomplissements de la carrière de Lee Miller. Elle composa et perfectionna une grammaire singulière, faite de cadrages obliques, de rapprochements insolites et d’une approche plus intimiste. Pendant le conflit entre les Alliés et les Nazis, alors que ses collègues masculins cherchaient à raconter le spectaculaire, elle se concentra sur les détails capables de révéler la cruauté et la violence de cette période.
Mention spéciale pour le légendaire autoportrait pris dans la baignoire de l’appartement du dictateur Adolf Hitler, le 30 avril 1945, seulement quelques jours avant la capitulation allemande.
“Lee Miller” – Jusqu’au 2 août 2026
Hilma af Klint au Grand Palais
Hilma af Klint avait choisi de garder ses œuvres abstraites cachées et avait ordonné qu’elles ne soient révélées au grand public que vingt ans après sa mort. C’est seulement en 1986, lors de l’exposition The Spiritual in Art à Los Angeles, que le monde découvre la production avant-gardiste de la peintre suédoise, dont l’univers bouleversant s’expose désormais pour la première fois en France.
Une première partie dédiée aux dessins automatiques de son activité au sein du groupe De Fem introduit le déploiement de la quasi-totalité du cycle des Peintures du Temple (193 œuvres), parmi lesquelles figurent les fameux Dix plus grands. Le parcours immersif sur deux étages illustre la quête continue du mystique, du métaphysique et surtout d’une unité préexistant à l’origine du monde chez cette artiste aux multiples sources d’inspiration (dont la science, l’ésotérisme, l’occultisme et les traditions populaires) et restitue globalement un portrait d’Hilma af Klint qui contraint à repenser la chronologie de l’art moderne et s’interroge sur la place des artistes femmes au sein de cette dernière.
“Hilma af Klint, Les peintures du Temple (1906-1915)” – Jusqu’au 30 août 2026
Camille Vivier à la MEP
Figure de la photographie contemporaine, depuis plus de vingt-cinq ans Camille Vivier ancre sa pratique artistique autour de la photographie d’auteur et de la mode. La dizaine de séries et près d’une centaine d’œuvres présentées par la Maison Européenne de la Photographie illustrent l’intérêt de cette artiste française, convoitée par les grands magazines de mode, pour l’exploration de la représentation d’identités féminines complexes et plurielles, ainsi que pour la création d’une tension vitale aiguë et presque inquiétante entre vie et matière, à travers des mises en scène énigmatiques.
Les bodybuildeuses restent son sujet privilégié pour une réflexion engagée sur le corps humain, mais l’analyse d’une multitude d’objets anthropomorphes occupe aussi une place centrale dans son travail : marionnettes du Teatro Colla de Milan, sculptures dans les espaces publics et décors biomécaniques conçus par l’artiste suisse H.R. Giger pour Alien de Ridley Scott.
“Camille Vivier” – Jusqu’au 13 septembre 2026
Laure Prouvost au Grand Palais
L’artiste française porte la physique quantique sous la verrière du Grand Palais. Présentant une installation mêlant sons, odeurs et lumière, Laure Prouvost – qui pour ce projet a eu accès à un ordinateur quantique et a travaillé avec le scientifique Hartmut Neven et le philosophe Tobias Rees – donne un aperçu de la réalité d’un point de vue quantique.
Résultat de cette démarche : The Beginning, une sculpture cinétique géante qui, avec son caractère à la fois volatil et envahissant, illustre l’imprévisibilité des systèmes quantiques, où il n’y a pas de certitudes, mais plutôt des probabilités. En son centre, la vidéo intitulée We Felt A Star Dying restitue une réalité interconnectée. Tout autour, les Cute Bits, ces sculptures aux allures de météorites (certaines d’entre elles prenant la forme de casques dans lesquels les spectateurs peuvent entendre des voix et sentir des odeurs) ainsi que le son spatialisé, les filaments qui frôlent les corps et les projecteurs éblouissants enrichissent ce parcours sensoriel inédit.
“Laure Prouvost, Nous, frissons d’étoiles” – Jusqu’au 26 juillet 2026
Madeleine de Sinéty au Jeu de Paume
Entre la France et les États-Unis, Madeleine de Sinéty a passé sa vie à raconter et à protéger la mémoire des existences fragiles, communes, celles qui sont menacées d’être effacées par le temps et la vitesse du monde contemporain, sans que personne ne se rende compte de leur passage sur terre. Cette exposition, la première rétrospective dédiée à cette photographe française encore méconnue, de formation dessinatrice de mode, retrace, selon une approche chronologique, la démarche de cette artiste ancrée dans la proximité et l’établissement de rapports privilégiés avec ses sujets, surtout ouvriers et ruraux.
On en a un avant-goût dans Paris démoli, première série de Sinéty, qui raconte les gestes quotidiens du Montparnasse du début des années 1970. Mais c’est surtout le cas pour la série Vapeurs, qui témoigne d’un haut degré de proximité de l’artiste avec les cheminots ainsi qu’avec les éléments de l’imaginaire lié aux chemins de fer, et pour Un Village, ensemble de plus de 50 000 clichés pris dans le village breton de Poilley – où la photographe s’installe en 1972 pendant une dizaine d’années – qui compose le récit d’un univers rural encore préservé des mutations du monde contemporain. À Rangeley, village du Maine, aux États-Unis, où elle s’installe en 1985, elle opère de la même manière, s’enracinant pour devenir la témoin privilégiée de la vie ordinaire de la communauté.
“Madeleine de Sinéty, Une vie” – Jusqu’au 27 septembre 2026



