CITIZENKANNES – JOUR 11
Pour la seconde année consécutive, CitizenK vous impose, en toute mauvaise humeur, une chronique quotidienne en direct du Festival de Cannes.
Cette dernière chronique méritait bien qu’on cite Hélène Ségara, icône qui aura éternellement plus de coffre que nous car rideau sur notre dignité, la voix s’en est allée hier au cours d’une énième fête où hurler son avis mitigé sur un film de la Compet’. On ne communique désormais plus que par gestes fatigués avec les collègues assez timbrés pour encore traîner sur une Croisette en remballage. Mais un regain d’énergie semble pourtant avoir électrisé la salle Buñuel, écrin de la sélection Cannes Classics, un duo y ayant trouvé nid idéal pour s’accoupler, selon nos indics sûr·e·s du 5e étage. Peut-être s’ennuyaient-ils sec devant une reprise de L’Aventure rêvée de Valeska Grisebach, ce drame allemand tourné en Bulgarie (et en bulgare) où une archéologue passe vraiment beaucoup trop de temps à épousseter des artéfacts pour une projection de fin de festival. Bon, au moins il y avait des chatons mignons.
Peut-être alertée par notre allure de cadavre qui n’a pas vu le sunshine depuis huit mois, à part sur un écran de cinéma (et encore), L’Annex Cannes – habillé par Roberto Cavalli le temps du festival – nous a gentiment invitée à déjeuner hier midi. Une proposition bien urbaine sur laquelle on s’est jetée, vorace, en espérant récupérer quelques points de vie. Quatre cafés, une tomate mozza tressée, des tagliatelle aux courgettes et un tiramisu plus tard (merci pour l’offre végétarienne de qualitay), on s’affalerait bien sur les élégants transats de la partie beach club des lieux, mais la peur de rater des chefs-d’œuvre en Compet’ nous tenaille (non). Fast forward, on aurait dû aller faire trempette car Histoires de la nuit, le troisième film de Léa Mysius n’a convoqué en nous qu’une vague lassitude, un intérêt lointain pour un plan sur une chouette, un effroi distant devant le HMC de Benoît Magimix, qui joue encore un malfrat en collab’ commerciale avec Make Up For Ever.
Mais illumination que la présence, lors de la cérémonie de remise des prix de la Queer Palm, de Gillian Anderson, notre goat absolue (avec Laura Dern et Michaela Coel, allez), venue récupérer (très bien maquillée) cette même Queer Palm pour Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun, qu’on a malheureusement raté en début de festoche et sur lequel les goules cinéphiles vont se jeter lors de la reprise parisienne d’Un Certain Regard. Oh well. On aura au moins respiré le même air que Dana Scully pendant quelques minutes, avant que Chanel ne l’exfiltre de cette soirée trop woke pour Bernard Arnault, dont le mégayacht s’était pour l’occasion éloigné de la baie. « These gays, they’re trying to murder me… », comme dirait l’autre. N’oublions pas, d’ailleurs, que la saison 4 de White Lotus se tourne non loin au même moment.
L’heure est désormais à la citrate de betaïne, au Humex et autres pastilles miel-citron qui n’auront certainement aucun effet sur notre corps éreinté au 127e jour de cette 79e édition joliment gondolée par une fronde anti-Bollo dont l’ampleur est déjà internationale. On vous remercie d’avoir lu ces lignes, certainement en apnée vu la longueur non homologuée des phrases, et advienne que pourra du palmarès, du moment que la cérémonie de clôture donne une place à la contestation. On vous laisse sur les bons mots de Marine Atlan, réalisatrice de La Gradiva, Grand Prix de la Semaine de la Critique, qui invitait à être courageux·euses, car l’époque nous le demande.
