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LOUIS VUITTON MEN'S LV TRUNK EDITION CAMPAIGN

TRUNK EDITION

Par JULIAN DE SOUVIGNY

Il y a, dans le vestiaire masculin, une zone presque oubliée. Un territoire sans bruit, sans urgence, sans spectacle. Un endroit où le vêtement ne sert pas à apparaître, mais à durer. C’est là que Pharrell Williams s’installe aujourd’hui.

Depuis plusieurs saisons, il explore l’homme Louis Vuitton comme une figure mouvante,  voyageur, collectionneur, passeur de signes et de cultures. Mais avec la Trunk Edition, quelque chose ralentit. Le geste devient plus intériorisé. Moins narratif, plus essentiel. Comme si, après avoir ouvert tous les horizons, il fallait revenir à l’origine. Non pas pour regarder en arrière, mais pour comprendre ce qui résiste.

La malle, bien sûr, est présente. Elle n’apparaît pas frontalement, mais elle irrigue tout. Elle est dans la logique des pièces, dans leur retenue, dans leur capacité à contenir sans contraindre. En 1854, Louis Vuitton conçoit une malle plate, pensée non pour être regardée, mais pour être utilisée. Sa radicalité tient à sa fonction : empilable, transportable, capable de traverser les années sans perdre son intégrité. Elle accompagne le mouvement sans jamais céder..

Les silhouettes ne s’imposent pas, elles s’installent. Un costume en soie et laine, respirant, presque organique. Un manteau en cachemire double-face, posé sur le dossier d’une chaise, conservant intacte sa présence. Une veste de travail élevée au rang d’objet précis, débarrassée de toute nostalgie. Le formel et l’informel cessent de s’opposer. Ils coexistent, dans un équilibre qui ne cherche plus à prouver quoi que ce soit. La couleur participe de ce retrait. Beiges assourdis, bleus profonds, bruns enveloppants, noir dense. Des teintes qui échappent à la saison. Elles au vêtement de s’inscrire ailleurs que dans la tendance.

Mais c’est peut-être dans la matière que se joue la transformation. Le nubuck absorbe la lumière. Le cachemire double-face enveloppe sans alourdir. Le coton et la soie redessinent le workwear en lui donnant une douceur inattendue. Le luxe cesse d’être un effet. Il devient une sensation. Les images et le film de la campagne, dévoilés aujourd’hui, prolongent ce même rapport au temps et à la présence.

Pharrell ne cherche pas à redéfinir l’homme. Il redéfinit sa relation au vêtement. Il propose un vestiaire libéré de l’urgence. Des pièces conçues pour être portées, reprises, retrouvées. Être contemporain, ici, ne signifie plus être visible. Cela signifie être juste. Même les objets,  sacs, chaussures  répondent à cette gravité. Les lignes sont nettes, les cuirs souples, les détails précis. Rien ne cherche l’attention. Tout est déjà là.

Il y a, dans cette collection, une forme de confiance rare. La certitude que le vêtement le plus puissant est celui qui reste, celui qui accompagne le corps sans jamais le contraindre.

La Trunk Edition ne parle pas de mode. Elle parle de ce qui demeure.Et Pharrell Williams, pour la première fois peut-être chez Louis Vuitton, ne cherche plus à ouvrir le vestiaire. Il cherche à le faire durer.