Sur la route des Sanguinaires, la mer se retire lentement, laissant sur la pierre une odeur de sel et de lumière. Entre les rochers et les orangers, l’air garde quelque chose d’ancien. C’est là, à Ajaccio, qu’est né le nom Spoturno puis qu’il s’est effacé, avant de réapparaître un siècle plus tard.
Longtemps, les carnets de François Spoturno sont restés fermés. Parfumeur corse devenu François Coty, il fut l’un des fondateurs de la parfumerie moderne, contribuant à en redéfinir durablement l’esthétique et la structure. Ses compositions, parmi lesquelles le mythique Chypre de 1917, ont introduit une manière de composer plus libre et plus structurée, dont l’influence demeure aujourd’hui intacte. Son influence continue de structurer la parfumerie contemporaine.
Un siècle plus tard, sa petite-fille, Véronique Spoturno, fondatrice de la maison, redécouvre ces cahiers. Entre les lignes, elle reconnaît une exigence, une façon très précise de travailler les matières. Ces pages avaient traversé les années sans être altérées, conservées comme on garde une chose que l’on n’est pas prêt à perdre. Elle choisit d’en poursuivre la trace, non pour reproduire, mais pour prolonger.
Avec Christopher Sheldrake, maître parfumeur reconnu pour son travail auprès de grandes maisons contemporaines, elle choisit de faire renaître cet héritage à travers cinq compositions où il trouve une forme nouvelle.
Rien n’y évoque une reconstitution. Tout appartient au présent.
Spoturno 1921, floral et oriental, mêle la rose damascena, le santal et la vanille dans un équilibre calme, presque intact. Alphée évoque la fraîcheur du vent sur la mer, la bergamote, le myrte, une netteté minérale. Barbicaja capture la douceur d’une fin de journée à Ajaccio : fleur d’oranger, jasmin, une lumière plus chaude, plus diffuse.L’Âme du Phénix, ambré et boisé, se construit autour du cuir, du ciste et du tabac, dans une tonalité plus profonde, plus intérieure.
Autour de ces parfums, l’univers Spoturno se prolonge dans l’objet.
L’Écrin “Chapelle”, imaginé par Tristan Auer, designer et architecte d’intérieur français, abrite l’extrait Spoturno 1921 dans un flacon de cristal numéroté, aux lignes nettes et silencieuses. Son bouchon en verre émeri, façonné par Adrian Colin, Meilleur Ouvrier de France en verrerie d’art, enferme une fleur sculptée dans la transparence. Les Ateliers Gohard, héritiers d’un savoir-faire décoratif d’exception, en déposent la dorure, tandis que l’Atelier l’Étoile en compose les nuances minérales.
Posé dans la lumière, le flacon retient le regard, sans jamais chercher à l’attirer. Spoturno ne regarde pas en arrière. La maison avance dans la continuité de ce qui a été commencé, reliant la mémoire d’un homme à une vision contemporaine, la Corse à Paris, l’histoire au présent.



