La joaillerie contemporaine s’est longtemps effacée. Statement Paris a fait le choix inverse : dessiner une ligne. Fondée en 2018 par Amélie Huynh, formée notamment chez Chaumet à la Place Vendôme, la maison n’a jamais cultivé la délicatesse comme argument. Elle parle de construction, d’équilibre, de présence. « Je voulais créer des pièces qui donnent de la force. Presque comme des armures. » Le mot dérange légèrement dans l’univers feutré de la joaillerie contemporaine. Il est pourtant juste.
Le nom lui-même ne laisse pas de place au doute. « Je voulais créer des pièces dotées de symboles, qui se porteraient comme un prolongement de soi… Je voulais que ces bijoux soient un statement. » La marque s’inscrit dès l’origine dans cette idée d’affirmation personnelle.
Avant même la création officielle de la maison, une bague imaginée en 2016 My Way circule déjà. Portée à l’écran, repérée, demandée. La marque naît presque par nécessité : répondre à une attente qui existe avant la structure elle-même. L’armure n’est plus défensive : elle devient ornement. Cette idée de structure irrigue toute la maison.
L’Art déco, revendiqué par la créatrice, n’est pas une référence décorative mais une discipline. Né dans un moment de reconstruction, ce mouvement croyait à la modernité et à la verticalité. Des lignes nettes pour reconstruire un monde instable. « Structuré, mais sensuel », résume-t-elle. Chez STATEMENT, cette référence devient méthode. Les bagues sont construites comme des façades. Les bracelets encadrent le poignet avec précision. Le métal a un poids franc. On le sent.
Chaque pièce naît d’un croquis dessiné à la main par Amélie Huynh, avant d’être transformé en dessin technique puis confié à un atelier spécialisé. La démarche rappelle la tradition joaillière plus que la simple tendance. L’argent souvent délaissé dans la joaillerie haut de gamme devient ici matière centrale, serti de diamants avec la même rigueur que l’or. « Accessible ne veut pas dire simplifié. »
Cette grammaire se décline dans les collections phares de la maison. Rivet impose une géométrie nette, presque industrielle, où chaque serti agit comme un point d’ancrage. My Way explore la superposition et la verticalité, traçant des lignes qui accompagnent le mouvement de la main Rockaway introduit une énergie plus organique, urbaine, où la structure dialogue avec le corps. Trois déclinaisons d’un même principe : affirmer sans surcharger.
Statement occupe un territoire délicat : entre héritage et contemporanéité, entre désir quotidien et exigence joaillière. Trop structurée pour la joaillerie minimaliste, trop contemporaine pour la tradition patrimoniale. Beaucoup s’y diluent. La marque préfère la répétition maîtrisée. Approfondir plutôt que multiplier.
Installée dans le 1er arrondissement de Paris, la maison s’est constituée une clientèle active, qui pousse la porte pour choisir elle-même ses bijoux. En quelques années, cette constance a installé une signature identifiable, présente dans des sélections pointues bien au-delà de Paris. Pas spectaculaire. Cohérente.
La ligne homme, développée plus récemment, prolonge cette verticalité. Même architecture, même rigueur. « Je ne pense pas en termes de genre. Je pense en termes d’attitude. » Le bijou devient axe, non accessoire. « La notion de talisman et de protection est très présente dans mes créations », explique Amélie Huynh. Ces bijoux, pensés comme des armures, répondent à une époque d’exposition constante.
C’est là que Statement trace une ligne claire.















