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MODE MASCULINE AUTOMNE/HIVER 2026-2027 : LE TALENT AU-DELÀ DES PODIUMS

Par LAURENT DOMBROWICZ

Nul ne pourra contester que la mode lorgne de plus en plus vers l’industrie du spectacle et cherche sa propre validation du côté de la pop culture. Avec un first row réservé aux célébrités du moment et à leur suite, des dispositifs scéniques et looks instagrammables à souhait, le défilé a désormais comme principale mission d’accrocher l’œil à défaut de la mémoire. Car aussitôt consommé, aussitôt liké, aussitôt swipé ! Certain(e)s ont fait le choix inverse en délaissant le frisson électrique des podiums à la faveur d’un show-room. Les farauds de la mode les snoberont d’emblée alors que pour les jeunes créateurs, il s’agit avant tout de la solution à une équation économique factuelle. Pour les autres, l’intimité d’un salon ou d’un appartement, appuyée par une communication visuelle relativement modeste, sert le propos de la qualité. À l’heure où le luxe ne représente plus une valeur refuge per se, la mode se fait à nouveau désirer en gros plan et au toucher : le fameux value for money qui lui a fait cruellement défaut ces dernières années pourrait bien être son salut. 

Dans ces fameux show-rooms, quels que soient leur style et la qualité des petits fours qui y sont servis, le storytelling des collections ne fait qu’accompagner les vêtements plutôt que de les oblitérer par son imprimatur. A chaque visiteur son expérience, son parcours, ses affects…le téléphone en poche. 

Nos quatre coups de cœur derrière les murs :

Chez Brioni, où l’on vit par et pour l’excellence, la mise en image n’est qu’une trace, un outil de travail pour celles et ceux qui ont eu la chance de voir l’essentiel : la réalité des pièces que la maison propose. Inutile ici de chercher la révolution, mais au contraire de goûter au luxe ultime d’une garde-robe qui se passe d’ostentation, tout en emmenant ses classiques dans de nouveaux territoires. Pour l’hiver 2026/2027, Brioni fait son Grand Tour, en référence aux savoirs faire et identités des différentes régions italiennes. Des couleurs façon couchers de soleil romains à l’après-ski décliné en cachemire, il y a incontestablement de l’hédonisme au pays du chic. 

Toujours au rayon de l’exceptionnel, Aldo Maria Camillo sait comme personne conjuguer sensualité et réserve, intemporalité et parfaite modernité. On l’a connu aux commandes de Cerruti mais c’est désormais pour sa propre griffe qu’il œuvre avec brio. Pour la saison à venir, il subvertit délicieusement le sartorial qui a fait sa réputation, avec plus d’aisance, d’audace et d’intériorité. La qualité des tissus, des coupes et la proposition de stylisme prennent ici toute leur importance, sans que le sacro-saint look ne soit pourtant un diktat ou une lecture à sens unique.

Pour le franco-portugais Steven Passaro, la recherche d’une harmonie stylistique entre les savoir-faire classiques du tailoring masculin et l’exigence de la modernité passe, entre autres, par la modélisation en 3D dont il est un des précurseurs. Saison après saison, il élève sa vision de l’homme au diapason de ses états d’âme, souvent romantiques… mais sans colifichets. Pour l’hiver 2026/2027, il signe sa meilleure collection à date pour une sorte de Hurlevent qui aurait enfin réussi sa traduction mode. 

Baptisée Etheral Shift, elle fait la part belle à des volumes amplifiés aux constructions fluides et aux revers tailleurs qui s’élèvent vers le cou comme un mouvement ascendant. Précision et intuition font ici le meilleur des ménages. 

Cette recherche de subtilité, de discours sotto voce, voire de discrétion n’est ni l’apanage des créateurs émergeants ni des apôtres d’un parfait classicisme. C’est également le choix qu’à fait Michael Rider, directeur de la création chez Celine. Pour sa première collection homme, l’Américain a fait le pari gagnant d’une garde-robe très « Sorbonne » pour l’hiver 2026/2027. Avec brio, il travaille à la fois sur une nonchalance et sur un approche stylistique pointue. Tous les essentiels preppy sont là, revus par le prisme de la qualité et grâce à moult détails irrésistibles, logo compris. Ce travail sur la pertinence et la désirabilité, parfaitement effectué chez Celine, représente sans doute le futur nécessaire d’un luxe en perte d’influence et en manque de résultats.