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Photo Tim Elkaïm

L’HIVER SELON SNOW GOOSE

Par JULIAN DE SOUVIGNY

Certaines marques appartiennent à un territoire. Pas parce qu’elles le racontent. Parce qu’elles y tiennent. Canada Goose est née d’un froid qui ne pardonne pas.

Un froid sans mise en scène. Un froid qui oblige. Tout de suite. Ici, la protection n’a jamais été une option esthétique. C’est une condition. Le vêtement comme abri au sens le plus strict. C’est là-dessus que Canada Goose s’est construite : l’arctique comme expérience. Pas comme décor.

Et c’est pour cela que la rencontre avec Haider Ackermann intrigue. Haider : la coupe, la couleur, la distance. Haider Ackermann n’a jamais habillé l’exploit. Son terrain, c’est le corps : une élégance qui enveloppe, sans jamais s’imposer une armure de lumière. La coupe, évidemment. Mais surtout : la couleur. Haider ne “met” pas de la couleur. Il la compose. Il sait la rendre vivante, presque électrique. Il associe des tons improbables. Sans jamais forcer. Chez lui, la couleur n’est pas un accent. C’est une méthode. Même quand elle est froide, elle n’a rien de doux. Elle tranche.

C’est cette exactitude-là qui rend Snow Goose crédible : le froid n’exige pas seulement de la chaleur. Il exige une silhouette : parer à tout, d’un coup de crayon.

Retourner l’hiver. Ce troisième chapitre Snow Goose repose sur un geste clair : retourner. Les doublures passent au dehors. Les matelassages s’inversent. La construction devient visible. Ce renversement change la silhouette et la lecture. La protection ne se cache plus. Elle se lit. Ce qui réchauffe se voit. Comme si l’intérieur ce qu’on garde contre la peau  pouvait enfin apparaître. La technique reste. Mais elle ne crie plus. Elle se tient.

Les pièces

Le vestiaire se lit en quelques pièces : Thalix Parka, Shift Anorak.. Une protection qui ne se transforme pas en uniforme. Merge Jacket & Merge Pant renvoie la lumière comme une surface gelée. Puis le Rigel Hoodie laisse une phrase, presque discrète : “The Earth Needs All the Friends It Can Get.”

La couleur : l’hiver en clair

La palette impose une autre idée du dehors : vert menthe fluorescent, lavande glacée, bleu terre marine, ancrés par des bruns profonds et des noirs. Ce ne sont pas des couleurs “jolies”. Ce sont des couleurs exactes. Des couleurs nettes. Sans romantisme. L’hiver, ici, ne devient pas plus doux. Il devient plus clair.

Une collaboration qui n’a pas besoin de prouver. Tout oppose, en théorie, Haider Ackermann et Canada Goose. En réalité, leurs obsessions se rejoignent. Canada Goose protège du climat. Haider protège par l’allure : une distance, un col, une ligne, un volume. Une manière d’habiter le vêtement comme un espace personnel. Snow Goose relie ces deux protections.

Et c’est la réussite de ce troisième chapitre : sortir la parka de l’uniforme. Retirer au vêtement d’hiver son excès de certitude. Lui rendre de la nuance. Le froid reste. Mais il n’a plus le dernier mot.