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© Brian Bielmann Photography

L’EAU DANS LA PEAU

Par ARNAUD RAMSAY

Entretien avec le prodige du surf au palmarès XXL et à la soif de liberté contagieuse.

En hawaïenkai signifie océan. Il est 7 heures du matin à Hawaï, justement, quand Kai Lenny nous accorde un entre- tien exclusif en visio pour la France. Né sur l’île de Maui en 1992, en bordure de l’océan Pacifique, bercé par les vagues géantes Jaws et Hookipa, le surfeur continue de les dompter. Il compte parmi les athlètes nautiques les plus complets et spectaculaires, aussi à l’aise en stand-up paddle qu’en foil, en kitesurf qu’en planche à voile. Il a notamment dans sa besace sept championnats du monde de stand-up paddle, deux Hawaii Island Finals SUP pro et une victoire dans le mythique Nazaré Tow Surfing Challenge. Discussion avec une icône à l’occasion du lancement des nouvelles TAG Heuer Aquaracer Solargraph, Kai Lenny étant ambassadeur du fabricant suisse de montres depuis onze ans.

CitizenK Homme : Plus jeune surfeur à avoir intégré le Surfers Hall of Fame, waterman aguerri, vous avez 33 ans, l’âge du Christ quand il a été crucifié.

Kai Lenny : J’ai surtout l’impression que c’est le meilleur âge ! J’ai conscience qu’il y a en tout cas beaucoup d’attentes au sujet de mes performances. J’essaie de ne pas trop y penser. Je reste concentré sur mes objectifs. Et si les gens aiment ce que je fais, tant mieux. Cela me permet aussi d’avoir de merveilleux partenariats, comme celui d’ambassadeur de TAG Heuer ou d’autres sponsors : leur soutien participe au fait que je peux continuer à faire ce que j’aime. Je ne me considère pas comme une icône. Si c’était le cas, j’arrêterai de grandir ! Mais je suis ravi que l’on apprécie ce que je fais et je m’efforce d’être meilleur chaque jour.

Parlez-nous d’Hawaï, où vous êtes né, où vous vivez. En quoi ce lieu vous définit et vous ressemble ?


Je suis un véritable produit de mon environnement. En grandissant à Maui, vous devenez ce qui vous entoure. Je suis né au bon endroit, à la bonne heure, à l’époque où des tas de nouvelles disciplines autour du surf ont été inventées. J’ai cette chance incroyable d’avoir pu m’essayer à autant de sports. Je suis juste reconnaissant d’être né à Hawaï ! Souvent, je me demande ce que je serais devenu si j’avais grandi ailleurs. Parce que je suis vraiment ce que Maui a fait de moi.

Est-ce que vous avez besoin de voir l’océan Pacifique pour vivre ?

Je ne sais pas si c’est spécifique à l’océan Pacifique mais j’ai une relation spéciale avec Hawaï. Ses eaux me sont familières, les courants, les vagues. Mais ça dépasse ce cadre. Je suis connecté à l’eau. Mon terrain de jeu se trouve dans l’eau. Alors partout bien. Si j’étais empêché d’aller dans l’eau tous les jours, je serais bien embêté. Ma personnalité est basée sur les vagues et le fait de savoir si elles vont être bonnes !

Est-ce qu’il est vrai que vous avez eu la vocation à 4 ans ?


Oui. C’est à cet âge que j’ai décidé que je voulais pratiquer un sport d’eau. C’est l’un des moments les plus importants de ma vie ! À 4 ans, j’ai su exactement ce que je voulais devenir. À savoir, faire corps avec ce que je voyais autour de moi. Je n’avais pas d’autre option. Le surf n’est pas seulement un sport : c’est un style de vie. Et c’est ma vie… J’ai la chance que ce soit mon métier, d’être payé pour cela.

Vous vivez donc votre rêve.

Tout à fait. Je me sens privilégié. Je ne sais pas ce que j’ai fait dans ma vie précédente pour le mériter ! Mais je suis très heureux. Mon métier ne ressemble pas à un travail.

Vous voyagez souvent pour surfer. Et la France, dans tout ça ?


Les vagues y sont excellentes. Mais que c’est loin d’Hawaï… Vous êtes de l’autre côté de la Terre pour moi ! 12 000 kilomètres nous séparent, plus de 15 heures de vol, 12 heures de décalage. Mais je suis habitué au jet lag. La France, j’adore.