Ces romans et récits gothiques qui rendent la mode à crocs.
Il n’aura échappé à personne que l’une des premières prises de parole (visuelles) de Jonathan Anderson pour Dior — dont il est le directeur artistique depuis avril 2025 — est un tote bag représentant la couverture originelle du roman Dracula écrit par l’Irlandais Bram Stoker en 1897. Un hommage à son compatriote mais aussi un ouvrage qui figure dans la bibliothèque idéale du créateur, aux côtés de Bonjour tristesse de Françoise Sagan et d’autres chefs-d’œuvre délibérément hétéroclites. La fascination pour le monstre n’est nouvelle ni en littérature ni au cinéma et ne présente aucun signe de fléchissement, en témoigne la production récente allant du meilleur — Jacob Elordi dans Frankenstein par Guillermo del Toro et Lily-Rose Depp dans le Nosferatu de Robert Eggers, sortis en 2025 et 2024 — au pire, avec le Dracula signé Luc Besson sorti un an plus tard. Cette iconographie, qui prend sa source au Moyen Âge et dans un pan entier de la littérature victorienne que résume assez bien le mot “gothique”, a bien entendu infusé les mood boards des créateurs de mode, parfois jusqu’à l’obsession. C’est le cas de l’Anglo-Turque Dilara Findikoglu qui présente chaque saison une relecture féministe de Jack l’Éventreur et de ses victimes de petite vertu.
Dans un style plus gorecare, l’Allemand Moritz Iden imprime ses vêtements de cris d’effroi et autres gros plans façon horror movies de série B.
Pour Dora Abodi et sa marque éponyme, il n’est pas nécessaire de s’immerger dans le Londres interlope du XIXᵉ siècle. Comme le célèbre comte, la créatrice originaire de Transylvanie est la dernière d’une lignée remontant au XVIᵉ siècle, anoblie par le prince István Báthory. Abodi Transylvania est un bel hommage au folklore de cette région des Carpates où il est parfois ardu de séparer la légende de la réalité. Pour la mise en image de ses créations, elle fait appel depuis ses débuts à son compatriote Szilveszter Makó, citant ici aussi les récits d’une terre ancestrale. Le sac Abodi Vampire Castle a d’ailleurs été vu sur plusieurs célébrités non dénuées d’une bonne dose d’humour (noir). Cette tentation d’un frisson volontiers cartoonesque n’est pas l’apanage de la nouvelle génération.
En 2019, Miuccia Prada ornait robes de nylon, pulls, sacs et pochettes des visages de la créature de Frankenstein et de sa fiancée, pile deux cents ans après la publication du roman culte de Mary Shelley. Les vampires qui traversent les siècles, avec ou sans interview, sont les héros d’un business devenu juteux. Lestat, le personnage imaginé par Anne Rice en 1985 et incarné sur grand écran par un prodigieux Tom Cruise, est devenu une franchise et une série à succès faisant même appel au label mode Palomo pour une très queer et très saignante collaboration. Pour être à la mode, il s’agit donc d’aiguiser ses canines.




