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FIGARET

FIGARET : LE CORPS RETROUVÉ

Par JULIAN DE SOUVIGNY

On n’a pas cessé de porter des chemises. On a cessé d’en avoir besoin. La chemise a longtemps fait profil bas. Trop nette pour une époque qui voulait respirer. Trop lisible dans un monde qui cherchait le confort avant la forme. Pendant que le hoodie promettait l’air libre et que la sneaker devenait uniforme, elle s’est tenue à distance. Le confort a gagné. Les épaules se sont relâchées. Le molleton et le jersey ont remplacé les étoffes plus franches. Ils ont laissé le corps libre, sans chercher à le dessiner. Depuis quelque temps, la chemise réapparaît. Sans bruit.

Fondée à Biarritz en 1968, Figaret a continué à explorer ce territoire avec constance : faire de la chemise une pièce centrale. À l’origine, une maison familiale, pensée autour d’un seul vêtement. Depuis ses premières boutiques parisiennes, la maison a continué à travailler ce territoire. Le col, la coupe, le tombé. Non pour transformer la chemise, mais pour préserver son équilibre.

La popeline reste la plus directe. Son tissage serré donne au coton sa netteté et sa tenue. Elle reste en place. L’oxford introduit une texture plus visible. Le tissu est plus souple, le tombé plus quotidien.Le twill apporte une densité discrète. Le tissu tient davantage sur le corps. Le voile est plus léger. Le lin se froisse, vit avec le corps, accompagne le mouvement.

Un col qui encadre sans fermer. Une épaule qui accompagne sans céder. Un coton choisi pour sa tenue, sa respiration, sa capacité à vivre avec le corps. Au fil des décennies, Figaret est restée fidèle à cette exigence. La chemise n’y a jamais été un produit parmi d’autres, mais un point fixe. Chez Figaret, rien n’a été accéléré. À certains moments, durer devient une manière d’être à contre-époque. À force de constance, la chemise est restée lisible.

Une chemise change la tenue du corps. Elle encadre le visage. Découvre la nuque. Elle redessine la posture. Entre un bouton fermé et un bouton défait, il y a tout un langage. Un col trop dur fige. Un col trop souple tombe. Le col juste reste en place.

Chez Figaret, cet équilibre est une pratique. Ce qui revient aujourd’hui, ce n’est pas la chemise formelle. C’est la chemise portée avec intention. Elle se porte ouverte sur un débardeur ou un t-shirt. Elle se ferme parfois entièrement, non par contrainte, mais pour la ligne qu’elle dessine. Blanche, elle reste la plus directe. Bleue, elle accompagne le quotidien. Rayée, elle introduit une variation presque imperceptible.

La chemise “Je t’aime”, devenue signature, en est peut-être le signe le plus clair. Deux mots brodés, sans emphase, sur une pièce qui ne cède rien de sa rigueur. Ni slogan, ni effet. Juste une phrase, là où le vêtement touche le corps. Entre un bouton fermé et ces deux mots, quelque chose apparaît : la possibilité qu’un vêtement reste précis sans devenir distant.

La chemise reste ce qu’elle a toujours été. Mais elle cesse d’être anonyme. Figaret n’a rien changé. Elle n’a pas bougé. Le corps a été libéré. Puis oublié. La chemise revient à cet endroit précis.Non pas comme un effet. Comme une évidence. Figaret n’a pas eu besoin de revenir. Elle était déjà là, au plus près du corps.