En très petite forme, Milan n’a accueilli cette saison qu’une poignée de défilés, faisant de cette semaine à peine plus qu’un long week-end. Certaines marques italiennes ont fait le choix de présenter les collections masculines et féminines de concert en février prochain pendant que d’autres, en pleine restructuration artistique, ne sont tout simplement pas prêtes pour ce rendez-vous d’étape.
Pour bon nombre de griffes transalpines, d’avantage concentrées sur le bien fait que sur le bien pensé, l’hiver 2026/2027 rime avec les Jeux Olympiques d’hiver qui se dérouleront à Cortina D’Ampezzo et dans la capitale lombarde. C’est le cas de EA7, la ligne sportive d’Emporio Armani qui a présenté en son vaisseau amiral les tenues, plutôt réussies, de l’équipe italienne. Chaud comme la glace, le défilé DSquared2 a ravi toute sa fan zone. Dans une version camp d’un match de hockey sur glace -une vraie spécialité canadienne ! – Dean et Dan Caten déroulent le grand jeu de la doudoune fun et du pull jacquard sexy. Pour ouvrir le score, les jumeaux ont fait appel à l’acteur Hudson Williams, protagoniste de « Heated Rivalry », la série du moment qui se déroule justement dans le monde du hockey, côté chambre à coucher comme il se doi(g)t. Plus traditionnelle, la proposition de Dolce & Gabbana se concentre sur ce que ses auteurs maîtrisent le mieux, à savoir le portrait composite de l’homme méditerranéen. Si cette ode au latin lover peut sembler d’un autre âge à l’heure des revendications woke, sa garde-robe ne souffre quant à elle aucune contestation : des costumes aux coupes impeccables à la maille cocon oversized, tout n’est ici que maîtrise, excellence et masculinité. Pour conjuguer passé, présent et futur, rendez-vous chez Prada dans une scénographie spectaculaire. Questionnant un vestiaire connu pour un avenir qu’il reste à imaginer, Miuccia Prada et Raf Simons font une démonstration sidérante de justesse, jusque dans les moindres détails. La silhouette longiligne s’anime de propositions inédites, comme le bob ou la capelet intégrés à un manteau ajusté ou à mac plus ample. En ajustant le zoom, cols et poignets défaits affichent des taches néo-vintage tout comme les pardessus à l’aspect faussement élimé.
Direction Paris où le calendrier des défilés, nettement plus fourni, déploie une diversité inédite entre valeurs sûres, talents émergents, adieux et essais à confirmer. La plupart des créateurs et des directeurs artistiques qui y travaillent ou y présentent semble s’être donné le mot : secouer la tradition ou l’héritage par une insolence teen, voire légèrement foutraque. L’aristo-jeune est donc le héros de saison…qui l’aime le suive ! En particulier chez Dior où Jonathan Anderson confirme son intelligence et son talent à bousculer les certitudes, surtout lorsque celles-ci semblent désespérément immuables. Une collection où les idées foisonnent, admirablement servies par un stylisme audacieux. Le directeur artistique irlandais invite en vrac le fantôme de Paul Poiret et de ses atours couture, les skinny boys de l’ère Hedi Slimane, les références nihilistes au film « Whitnail et moi » sorti en 1987, et coiffe de perruques mi-punk mi manga ces jeunes princes devenus ravers, à moins que ce soit l’inverse. La veste Bar, imaginée en version New New Look par Jonathan Anderson pour l’été, est cette fois proposée dans un denim très ado-chic. Direction le Parc Georges Brassens, dans le 15è arrondissement, pour le défilé soul rap de 3.PARADIS, le label d’Emeric Tchatchoua. Sa dernière collection Rest In Paradise célèbre les vrais amis, ceux qui sont partis mais aussi ceux qui restent, dans un esprit street tailoring très réussi et surtout indubitablement authentique. Les imprimés Amy Winehouse façon collage de fan-club sont le clou de cette proposition aboutie. Kevin Nompeix et Florentin Glemarec, le couple/duo d’Egonlab se réinvente, plus new wave que jamais. Ici aussi, le tailoring sombre occupe une place centrale mais s’orne pour l’hiver de plastrons en plumes résolument couture. A l’opposé sur l’échiquier du style, l’Indien Kartik Kumra de la griffe Kartik Research œuvre dans la douceur et dans la lumière. Celle d’un artisanat traditionnel – broderies Crash Kanta, patchwork Palampore et motifs imprimés au bloc de bois pour n’en citer que trois- qui habille un vestiaire occidental, voire mondial. La greffe est particulièrement réussie, merci pour le patient ! Walter Van Beirendonck ressuscite ses années W< avec une délicieuse fusion techno arty qui a établi sa réputation dans les années 90 et qui rencontre aujourd’hui un nouveau public avide de sensations (mode) fortes. Des couleurs hallucinées, une énergie brute et un esprit DIY que le créateur anversois associe à l’artiste André Robillart qui passa l’essentiel de sa vie en hôpital psychiatrique. Chez Rick Owens, il est aussi question de lumière, de ténèbres et d’une mode radicale pour conjurer une époque de tous les dangers. Baptisée Tower, sa dernière collection est à la fois énigmatique et architecturale, tendue de volumes abstraits et juchée sur de nouvelles chaussures à plateforme profilées. Les textures contrastées, du coton rigidifié à l’alpaca, évoquent l’œuvre de Joseph Beuys, surtout dans les camaïeux de gris qui volent cette saison la vedette au noir. Les masques XXL en macramé assortis aux tenues complètent cette vision de très haut vol. Très attendu, le deuxième défilé homme de Julian Klausner pour Dries Van Noten ne mérite que des superlatifs. Tous les codes et signatures de la marque sont bien présents, mais transposés dans un lexique aussi jeune qu’inspiré. Ici aussi, les contrastes entre le bourgeois et l’espiègle, l’innocence et l’assurance, le tradi et presque ludique font le sel de l’histoire : les manteaux de cochers se portent avec un chullo péruvien, la maille se mixe et matche avec de la soie brocart, les chaussures de boxe donnent de l’allure et de l’allant. Junya Watanabe convie le public dans une sublime procession jazzy, célébrant l’élégance du vêtement formel … à sa manière. Il triture avec le brio qu’on lui connaît ces vestes et manteaux ultra-stylés que l’on croit connaître par cœur mais qu’il réinvente par le patchworking mais aussi avec des hybridations workwear, cette saison en collaboration avec Levi’s. Même lieu sept heures plus tard, Rei Kawakubo délivre son message pour Comme de Garçons Homme Plus. Ici aussi, il est question d’un apparat en noir et blanc que l’on pousse dans ses derniers retranchements, de redingotes et spencers que l’on ratiboise ou que l’on poche comme une meringue couture. Évoquant des guerriers poètes, les garçons arborent des perruques ébouriffées et des masques créés par Shin Murayama. De Goodbye Marylou à Love Me, Please Love Me, la voix de Michel Polnareff emporte un public subjugué. Ambiance Berghain en béton gris – LA couleur de la saison pour ceux qui ne suivraient pas !- pour Louis Gabriel Nouchi et sa collection Alien, en hommage au célèbre chef d’œuvre SF qui lui a procuré ses premiers frissons cinématographiques. Dans une brume glauque digne du Nostromo en détresse, le Français alterne les méga-carrures façon 80s, les combinaisons workwear de l’espace et la lingerie demi fetish dans un défilé devenu au fil des saisons absolumnet incontournable. Chez Sacai, Chitose Abe aime défaire pour mieux reconstruire, fidèle à son talent pour les hybridations tous azimuts. Elle puise son inspiration de saison dans l’iconographie de Mohammed Ali mais le résultat est bien plus dans la subtilité que la violence, malgré les (superbes) nouveaux blousons biker. Une nouvelle allure, une nouvelle sensualité moins abstraite prouvent que la Japonaise est à son apogée créative.
Très loin de cette pléthore de mode que d’aucuns auront sans doute du mal à digérer et à porter, Louis Vuitton célèbre la prévalence d’un luxe plus intemporel. Pharrell Williams convie sa famille, ses amis et tous les big spenders de la planète autour de sa DROPHAUS, un pavillon pré-fabriqué sur pilotis façon modernisme mid-century en bois clair réalisé en collaboration avec le cabinet d’architecture Not a Hotel. Au programme, un vestiaire pour toutes humeurs et occasions, imaginé en tons neutres très safe et réalisé dans les matériaux les plus exclusifs, traditionnels ou innovants. Les aspects plastifiés ou froissés ainsi que le stylisme conçu en layering sont les aspects le plus réussis de cet opus qui fait la part belle aux sacs, rappelant l’essence maroquinière de la marque.














