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Onduler humide © Chloé Sassi

CINQ ARTISTES REPÉRÉS À 100% L’EXPO

Par Justine Sebbag

Du 5 au 23 avril dernier, 100% l’EXPO prenait ses quartiers annuels à la Grande Halle et en plein air dans le parc de la Villette afin de mettre en lumière les artistes récemment diplômés des écoles d’art, de design et de cinéma de l’Hexagone. Tremplin pour un début de carrière, cet événement est également un rendez-vous pour les amateurs d’art contemporain à la recherche des nouveaux talents de la jeune création. Citizen K s’est rendu à 100% l’EXPO et a sélectionné pour vous cinq artistes à suivre de très près. 

  • Chloé Sassi 

Dans l’univers visuel de la photographe Chloé Sassi, diplômée de la Villa Arson à Nice en 2019, il n’y a ni âge ni génération qui règne. Ses clichés oniriques sont à envisager comme une trêve, un retour aux sources, en dehors de toute temporalité. Par la nudité d’une part, que l’on aperçoit par exemple dans l’œuvre Onduler humide, et par le collectif d’autre part, qui donne une dimension syncrétique et rituelle aux tableaux vivants de l’artiste. Chez Chloé Sassi, le nu n’a pas vocation à transgresser mais plutôt à réunir, voire même guérir. À la croisée des travaux d’Ana Mendieta et de Carlota Guerrero, la photographe a présenté son installation visuelle et sonore Le paradis remue en moi à 100% l’EXPO. Confortablement installés sur des poufs, casques vissés sur les oreilles, les visiteurs étaient transportés dans un voyage intime immersif fait de paysages et d’éco-sensualité. 

  • Laura Bartier

Pour l’exposition de son diplôme à l’Ecole nationale des arts décoratifs de Paris en 2022, Laura Bartier s’est intéressée aux saxifrages, des plantes capables de se loger et de grandir dans la roche. Sous la nef de la Grande Halle, l’artiste a présenté À l’aube des Saxifrages, une installation réunissant des pièces issues de ses rencontres avec des artisans, des techniques, des lieux et des végétaux. Verre soufflé, impression de plantes sur tissu, tissage en métal et en lin : les œuvres de Laura Bartier interrogent les notions du vivant et de la transmission des savoir-faire. À travers cette installation hybride, l’artiste a voulu proposer une réflexion sur l’interdépendance entre les êtres humains et l’environnement. 

  • Christian Trésor-Djoujum 

Présentée en 2022 à l’Ecole nationale des arts décoratifs de Paris, la collection de diplôme de Christian Trésor-Djoujum, SchoolBoys, explore le  rapport entre uniforme scolaire et masculinité. Gommant toutes les différences sociales, l’uniforme est autant un symbole d’appartenance qu’un outil visant à homogénéiser les masculinités. En puisant dans cet héritage de l’uniforme scolaire, Christian Trésor-Djoujum déjoue les codes classiques du vestiaire masculin afin de rendre ses school boys aussi fluides que transgressifs. « Les cols des chemises s’envolent comme des avions en papier, les perforations des intercalaires deviennent les bouts fleuris de baby shoes, la rayure en satin rose, noir et bleu prend vie », affirme le créateur, qui ouvre ainsi le champ des possibles pour les écoliers nouvelle génération. 

  • Mona Cara 

Conçue lors d’une collaboration entre les artistes lauréats de Mondes nouveaux et les étudiants des Beaux-Arts de Paris, l’installation La Grande pêche foire invite à confronter l’envers du décor de nos sociétés. Pensé pour le site des Salins d’Hyères dans le Var, le projet de Mona Cara nous transporte au cœur d’un scénario environnemental catastrophique et, pourtant, teinté d’une certaine légèreté. Dans un récit à l’allure enfantine, une mer déchaînée est en proie à une canicule sous-marine et des espèces – prenant la forme de Peppa Pig ou de Dory, personnages de dessins animés – se retrouvent coincées dans un filet de pêche. Cette joyeuse apocalypse multicolore réalisée grâce aux savoir-faire de créateurs textiles, d’ouvriers tisserands et de pêcheurs-ramendeurs questionne les relations de pouvoir entre consumérisme et enjeux écologiques. 

  • Sophia Lang 

Avec son installation gargantuesque Feast & Furious, la jeune styliste Sophia Lang envoie valser l’injonction à la minceur entretenue par les médias et l’industrie de la mode. Diplômée de l’Ecole nationale des arts décoratifs de Paris en 2022, l’artiste présente des pièces textiles pointues et extravagantes qui donnent l’eau à la bouche : robe chou-fleur, robe brocolis, robe meringue… Non loin de cette formule entrée-plat-dessert, on trouve une broderie scintillante aux airs de banquet qui rappelle The Dinner Party de Judy Chicago ainsi qu’un film d’une dizaine de minutes où l’artiste réunit des personnes grosses à ses côtés pour profiter d’un festin aussi joyeux qu’inclusif.