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Exposition After Steps Through Work en 2026

RE-CRÉATION

Par LAURENT DOMBROWICZ

Les fourrures Fendi s’exposent à Rome dans une scénographie hors du commun.

Si Fendi s’est affirmée lors des trois dernières décennies comme un acteur majeur du prêt-à-porter et de la maroquinerie, c’est bien la fourrure qui a bâti sa réputation et sa spécificité grâce à un savoir-faire unique au monde. En dépit de l’opprobre que certains voudraient lui jeter, la maison romaine persiste et signe de son monogramme FF pour Fun Fur.

Loin des clichés barbares, la dextérité des artisans en charge des fourrures d’exception se rapproche davantage de la marqueterie, de la broderie et même de la joaillerie par l’extrême précision que la discipline requiert.

Ce n’est donc pas un hasard si, pour son premier défilé Fendi Couture, Maria Grazia Chiuri a choisi de partager l’espace de la Galleria Nazionale d’Arte Moderna de Rome avec la re-création d’une exposition organisée pour la première fois en 1985. La directrice artistique, nommée l’année dernière, s’est en effet donné pour mission de célébrer et de préciser le continuum du style Fendi, juxtaposant le passé à une vision à la fois moderne et réaliste où la fourrure a une place de choix. La “réplication” d’une exposition passée est un acte fort et relativement inédit dans la muséologie contemporaine. Cette réactivation, à l’opposé de la nostal- gie, est un acte très contemporain. “Steps Through Work” a donc été présentée 

EN 1985, CES MANNEQUINS ANIMÉS FURENT COMPARÉS
AUX MACHINES VISIONNAIRES DE LÉONARD DE VINCI

pour la première fois en octobre 1985 pour célébrer les vingt ans de collaboration entre le directeur artistique Karl Lagerfeld et la maison romaine. Pionnière, cette exposition fut la première dédiée à la mode à investir un musée en Italie. Sous la curatelle d’Ida Panicelli et la direction artistique de Karl Lagerfeld, elle célébrait à la fois une histoire, un style et une discipline. 2026 suit les sections originelles, des dessins préparatoires aux toiles en passant bien évidemment par les pièces finales présentées et articulées en lévitation. L’art de la géométrie, de l’abstraction et de l’architecture est un des fils rouges de cette exposition comme il le fut pour le style Lagerfeld, du milieu des années 1960 jusqu’à sa disparition en 2019. L’année 1985 qui a vu naître le projet peut d’ailleurs être considérée comme épitomé du style graphique, avec le mouvement Memphis — une autre fixation du directeur artistique allemand ! —, la réhabilitation du noir et blanc et les maxi-carrures du power suiting. L’autre point fort de l’exposition réside dans sa précision dans l’expérimentation. Les pièces consacrées aux croquis et aux patronages révèlent la multiplicité des influences et recherches liées à un artisanat précis : figures géométriques, motifs floraux, skylines figuratives ou pures abstractions deviennent autant de lignes et coups de ciseaux dans les peausseries, comme si la matérialité des pièces ne connaissait aucune limite technique au moment de leur conception ou de leur réalisation. Le Teatro, qui est au centre du dispositif muséal, est décrit comme une sarabande visuelle et réunit 18 pièces de fourrure animées comme un spectacle mécanique d’Oskar Schlemmer. Ces mannequins automates, très loin de l’académisme de la plupart des expositions de mode, furent comparés en 1985 par une journaliste aux machines visionnaires de Léonard de Vinci. Génie quand tu nous tiens !

AFTER STEPS THROUGH WORK. FENDI/KARL LAGERFELD 1985  Galleria Nazionale d’Arte Moderna, Roma

Jusqu’au 25 octobre 2026