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Léomie ANDERSON, tout d’une icône

Par Camille Laurens 

Le temps d’un shooting, Leomie Anderson devient légende. Joséphine Baker, Grace Jones, Serena Williams : trois femmes noires qui ont réécrit les règles, chacune à sa manière. Trois visages qui ont façonné l’histoire. Le mannequin et activiste britannique leur prête ici son aura, sans chercher à les copier, mais en interrogeant ce que signifie perpétuer un héritage. Rencontre avec une femme inspirante. 

Salut Leomie, dans ce shooting, tu incarnes Joséphine Baker, Grace Jones et Serena Williams, des icônes, mais surtout des femmes noires dont les visages ont littéralement façonné l’histoire. C’est important pour toi de remettre ces héritages en lumière ? 

Pouvoir rendre hommage à ces femmes à travers ce shooting, c’était un rêve. Pour moi, il est essentiel de raconter leur parcours, car chaque nouvelle génération risque d’en perdre une partie, on prend le risque de diluer leur histoire, voire d’en perdre des morceaux : et ça, hors de question. Ce projet me tient particulièrement à cœur parce qu’il ne s’agit pas de les copier trait pour trait, mais d’en livrer une lecture moderne, un vrai hommage à tout ce que leur existence continue de nous inspirer aujourd’hui.

Ça fait quoi de se glisser dans la peau de femmes pareilles ? Toi qui es mannequin, est-ce que tu as des rituels, des astuces pour incarner une telle puissance ?

Honnêtement ? Face à un tel défi, la meilleure chose à faire, c’est d’être moi-même, et d’apporter ce que je considère être l’énergie de ces femmes, mixée à ma propre passion du mannequinat. Ce que j’adore dans mon métier, c’est de donner vie à la vision de toute une équipe, cheveux, maquillage, stylisme, tout en gardant mon énergie à moi, parce que celle d’un mannequin, ça se transmet, c’est contagieux ! Donc j’ai gardé un truc hyper positif, et j’ai joué sur le mouvement pour faire vivre ces personnages.

Tu as commencé avec une chaîne YouTube qui suivait ta carrière de mannequin, “Cracked China Cup”, avant de devenir un Ange Victoria’s Secret, puis un des visages de Fenty Beauty, la marque de Rihanna. Comment tu expliques ce succès ? 

Ce qui m’a portée aussi loin et aussi longtemps, c’est ma personnalité, clairement. Elle reste gravée bien après mon visage, parce qu’au final, les gens se souviennent toujours de ce que tu leur as fait ressentir, pas juste de à quel point t’étais belle, et ça, j’ai toujours trouvé le moyen de le montrer ! Ma chaîne YouTube, mes blogs… j’ai toujours cherché à être authentique sur ce que je vivais. Et cette énergie-là, c’est probablement ce qui a rendu la transition vers la télé et le cinéma plus naturelle : c’est toujours plus facile d’être soi-même quand on sait vraiment qui on est.

Tu es aussi très engagée : tu prends la parole sur les droits des femmes à Oxford, tu fais tourner ta plateforme LAPP. Pourquoi ces causes sont devenues une priorité pour toi ? Tu sens qu’il est plus urgent que jamais de porter des voix qu’on n’entend pas assez ?

Prendre la parole, ça m’est venu naturellement, même à une époque où je n’avais pas encore une grosse plateforme. J’ai compris très tôt dans ma carrière que si je ne disais rien, je serais la seule à le regretter après coup. Je l’ai vécu avec les galères de cheveux et de maquillage en tant que mannequin noire ; je l’ai vécu face à une misogynie bien particulière dans un milieu pourtant dominé par les femmes. Je veux que les femmes qui me suivent, surtout les jeunes femmes noires, se sentent entendues et représentées : et pour ça, faut que je parle. Et oui, clairement, on est dans une période hyper régressive : la politique d’extrême droite, la culture incel, notre droit de manifester qui s’efface sous nos yeux… on n’a plus le luxe d’être complaisants.

Comment imagines-tu le monde de demain ? Et qu’est-ce qu’il faudrait faire, selon toi, pour y arriver ?

Il y a une masse de désinformation, et l’algorithme est littéralement conçu pour nous empêcher de penser librement. Pour contrer ça : lire plus, soutenir les arts, soutenir les conversations et les idées qui bousculent le statu quo. Je pense que c’est comme ça qu’on arrive à une société où la pensée libre est célébrée, et c’est à ce moment-là qu’on avance vraiment.