À Lorient, la Fédération Française de Voile a créé sa première école de croisière et propose une autre manière de découvrir la navigation. Des stages de trois ou six jours, pensés pour apprendre sans pression, prendre sa place à bord et éprouver ce que la vie en mer implique : la technique, le collectif et l’imprévu.
La voile reste un territoire chargé de traditions et d’un imaginaire longtemps façonné par les hommes. Le vocabulaire marin lui-même en porte encore les traces, comme les récits de navigateurs, les postes de commandement ou certains réflexes transmis de génération en génération. Les femmes ont pourtant toujours navigué, souvent en devant se frayer un chemin dans un univers qui ne leur était pas spontanément destiné.
Hozen choisit précisément de déplacer ces lignes, avec l’ambition de rendre la voile habitable plus accessible et plus inclusive. Il est autorisé, voire recommandé de ne pas savoir, de poser des questions, essayer, se tromper et surtout recommencer. C’est d’ailleurs de ce postulat que la formation tire son nom, « oser en restant zen ». L’apprentissage proposé suit le rythme de chacun et associe formation technique, vie à bord et découverte du large. Cette volonté de faire évoluer les représentations se retrouve jusque dans le nom des bateaux. Certains rendent hommage à des femmes qui, chacune à leur manière, ont dû gagner leur place. Joséphine Pencalet, ouvrière sardinière et figure de la grève des Penn Sardin de Douarnenez en 1924, est élue conseillère municipale l’année suivante, alors que les Françaises n’ont encore ni le droit de vote ni celui d’être élues. Son élection sera finalement invalidée. Anita Conti, photographe, journaliste, exploratrice et pionnière de l’océanographie française, passe quant à elle une grande partie de sa vie en mer et alerte très tôt sur la surexploitation des ressources marines. Aussi louable soit-il, cet engagement ne s’arrête pas à ces symboliques. Dans un milieu où les hommes restent largement majoritaires, Hozen met en place des croisières 100 % féminines. Encadrés par des monitrices, ces stages réservés aux femmes peuvent convaincre celles qui auraient hésité à s’inscrire, notamment par crainte d’une proximité prolongée avec des hommes ou de remarques et comportements susceptibles de les empêcher de se sentir totalement à l’aise à bord. Sur les six membres de l’équipe d’encadrement, trois sont des femmes et on comprend immédiatement qu’elles ne sont pas là pour afficher une parité de façade. À 26 ans, Floriane sait mener sa barque avec une autorité naturelle qui ne nécessite ni haussement de voix ni démonstration particulière. Elle explique la théorie avec la même précision qu’une manœuvre, montre les gestes puis laisse chacun les faire. L’attention portée à l’inclusivité apparaît aussi dans des détails très concrets. Dans les toilettes du bateau, un violentomètre côtoie des affiches consacrées à la prévention des violences sexistes et sexuelles dans la voile. Un dispositif qui prolonge, très concrètement, l’attention portée par Hozen au respect de chacun à bord.
On remarque d’ailleurs d’emblée que rien n’est laissé au hasard, dès le point de rendez-vous donné dans une ancienne base de sous-marins reconvertie en pôle maritime, devenue référence dans le milieu. La Base réunit aujourd’hui plus de 150 entreprises et une grande partie de l’écosystème de la course au large. Ingénieurs, techniciens, skippers et équipes sportives évoluent dans un même périmètre, où les IMOCA font partie intégrante du paysage et où les divers secteurs de la mer s’y croisent quotidiennement, ce qui en fait un lieu particulièrement adapté à une école de croisière. C’est depuis ce point d’ancrage que Hozen déploie et organise ses différents formats de navigation : des stages de trois ou six jours, accessibles à plusieurs niveaux. La durée ne correspond pas à une hiérarchie entre débutants et initiés mais dépend avant tout du temps dont chacun dispose. Trois jours permettent à ceux qui ne peuvent pas dégager une semaine entière de vivre une véritable immersion ; six permettent simplement de prolonger l’expérience. Plusieurs approches existent également. Les stages de « Progression en voile » privilégient l’acquisition des gestes et la montée en autonomie. Les « Escapades » prennent davantage la forme d’une croisière, avec un itinéraire qui se construit au fil des conditions et des choix de l’équipage. Belle-Île-en-Mer, Groix, Houat, Hoëdic ou encore les Glénan font partie des destinations possibles. Les compétences acquises peuvent également permettre de valider des niveaux sur le Passeport Voile de la Fédération Française de Voile, donnant une continuité à l’apprentissage au-delà du stage.
Les bateaux sont neufs, confortables et bien équipés, sans chercher pour autant à transformer la croisière en séjour luxueux. On y trouve tout ce qu’il faut pour passer plusieurs jours en mer dans de bonnes conditions, tout en conservant la réalité de la vie sur un voilier. Il faut cuisiner, lorsque la mer le permet, débarrasser, ranger, nettoyer. Tout le monde participe. Il y a une caisse de bord, commune à l’équipage, pour les courses, le carburant et les dépenses courantes. Le menu se décide ensemble, comme les provisions. Ces éléments très ordinaires donnent rapidement le sentiment de participer à une vraie navigation, avec tout ce qu’elle implique d’organisation et de vie commune. La proximité fait également partie de l’expérience. Des personnes d’âges, de métiers, de sexes et de régions différents, qui ne se seraient sans doute jamais liées dans un autre contexte, partagent pendant quelques jours dix mètres carrés. Les tâches tournent, les repas se préparent à plusieurs et chacun trouve progressivement sa place dans le groupe.
En mer, l’apprentissage commence immédiatement. Faire des nœuds, barrer, reconnaître une bouée, maintenir un cap, déterminer sa position ou comprendre la direction du vent. On apprend à virer de bord, à empanner et à naviguer au près. Une dizaine de virements suffisent déjà à voir les gestes devenir plus naturels. Chaque manœuvre repose sur une répartition précise. L’un est à la barre, d’autres aux écoutes ; chacun a un poste défini et les rôles alternent afin que tout le monde puisse essayer. Les explications de Floriane accompagnent la pratique sans transformer la journée en cours ininterrompu, l’apprentissage se mêle naturellement aux conversations, car les journées en mer ne se résument évidemment pas aux manœuvres. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir apparaître des dauphins, parfois entre deux IMOCA engagés dans une compétition. Puis vient le soir, avec la découverte des premières nuits au mouillage, parfois agitées, et d’autres plus calmes au port. Les quelques heures passées à quai offrent aussi l’occasion de rencontrer les équipages voisins, plaisanciers ou marins de passage.
Pour ceux que plusieurs jours en mer continueraient malgré tout d’intimider, Hozen a prévu une sécurité supplémentaire : si l’expérience ne convient pas, l’école s’engage à ramener la personne à terre et à lui rembourser les jours de stage restants !










