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Rendez vous avec Cate Blanchett © Amélie Canon / FDC

Fluncher ou flancher

Par Laura Pertuy

CITIZENKANNES – JOUR 6

Pour la seconde année consécutive, CitizenK vous impose, en toute mauvaise humeur, une chronique quotidienne en direct du Festival de Cannes.

Beaucoup à rager après ce dimanche embrasé, plaque tournante de cette 79e édition du festival avec la déclaration toute décomplexion dehors de Maxime Saada, directeur général du groupe Canal+, au sujet de la tribune publiée dans Libé et soutenue par (désormais plus de) 1000 personnes contre le rachat d’UGC par Vincent Bolloré. Lors du « brunch des producteurs », il a annoncé qu’il ne souhaitait plus que son groupe continue de travailler avec les signataires, confirmant s’il le fallait encore, des pratiques de silenciation et de blacklisting qui font craindre une homogénéisation fascisante des contenus à venir.

Passé l’ennui quasi mortel et l’engagement zéro des films projetés en Compet’ en 1e semaine de festoche, on attend fort un sursaut avec l’arrivée des goats Arthur Harari (L’Inconnue) et Emmanuel Marre (Notre salut), tous deux signataires de cette même tribune. Dans l’intervalle, on a pris des forces dans le bol de fruits rouges de Cate Blanchett sans pour autant gagner instantanément en classe et en teint parfait, mais merci aux collègues toujours prêt·e·s à nous injecter une note de glam’ quand tout fout le camp. On serait quand même bien passé au HMC avant de monter à Valbonne, commune surplombant la baie de Cannes, pour présenter La Gradiva – déjà consacré comme un chef-d’œuvre par nos consœurs et confrères – en présence de l’équipe du film et devant une salle comble. Magie de ce tout premier moment de discussion entre l’œuvre et son public, accompagné d’un petit verre de Salvetat qui requinque offert par Michel, ce sang de la veine, président de l’association Les Visiteurs du soir.

Eh oui, on est à l’eau gazeuse depuis qu’on s’est farci deux heures de spot de prévention contre les ravages de l’alcool avec Adèle Exarchopoulos dans le rôle-titre. Enfin, le titre, c’est Garance, et le rôle on sait pas trop. D’autant que l’actrice est arrivée sur le tapis rouge en robe à baldaquin Saint-Laurent sous laquelle dissimuler les boutanches easy pour se faire un drink en projo. Non, vraiment, on va arrêter les filmos démagos et reprendre un peu de hargne au scénario parce qu’il faut bien remplir le frigo et que jusqu’ici, on n’a vendu que trois piges et demi. Mais comme on n’est pas (trop) radine, on vous file un bout d’interview exclusive de Félix Lefebvre, qui donne la réplique à Gilles qu’il est Louche dans Moulin de László Nemes, en Compétition (on a fait l’impasse pour manger un panini au P’tit creux d’azur, déso). Entretien intégral à paraître dans le CitizenK de juin.

« Je suis sorti du rôle d’un mec en total lâcher-prise (dans Microstar de Léopold Kraus, Ndlr) pour tourner sur pellicule avec le grand László Nemes dans une prison toute petite à Budapest. Il m’a demandé un jeu presque Bressonien, très épuré. La première nuit, pour me mettre dans le bain, j’ai dormi sur une paillasse dans la prison avec des chauve-souris qui volaient au-dessus de ma tête. D’un coup, c’était une sorte d’acrobatie, de grand écart, en termes de façons de travailler. J’ai kiffé l’expérience parce que ça m’a déplacé sur plein de choses. Et j’ai découvert Gilles Lellouche, qui a été un partenaire de jeu vraiment merveilleux, très généreux. »