CITIZENKANNES – JOUR 3
Pour la seconde année consécutive, CitizenK vous impose, en toute mauvaise humeur, une chronique quotidienne en direct du Festival de Cannes.
Allez, remballez tout, on tient la Palm Dog ! Décrochée haut la patte par Vanille, le chien adopté par (Princess) Erika – que campe Hafsia Herzi – et ses enfants dans Quelques mots d’amour, la comédie dramatique si chouki de Rudi Rosenberg, où est enfin rendu un hommage vibrant à la poétique du répondeur. Aux messages en absence laissés à son père – qui s’est tiré avant sa naissance – une ado répond par une surenchère permanente, virant à l’obsession, sous les yeux inquiets de sa mère (toutefois occupée à récupérer le doggo qui s’est fait la malle sans collier GPS) et de son frère possédé par Les Rois du monde (si vous n’étiez pas là en l’an 2000, je ne peux plus rien pour vous).
Autrement, le mood du deuxième (troisième ?) jour de cette 79e édition a, ce matin, été saisi avec une exquise finesse par deux États-Uniennes croisées rue d’Antibes : au « Happy Friday! » a fait écho le « OK, I’m gonna die » de l’autre. Non parce ce qu’on a pas laissé le chat en pension de luxe à Issy-les-Moulinex pour se cogner une Compétition aussi éclatax. De là à en mourir, cela dit… Hier, donc, suite de la chute libre avec une siesta mémorable sur Fatherland, dont on ne pourra pas dire grand-chose vu l’excellente qualité de somnolence fournie par ce drame historique empesé du Polonais Pawel Pawlikowski dès sa 5e minute. Le film suit mollement le retour de l’écrivain Thomas Mann dans l’Allemagne divisée post-WWII et manque cruellement de l’ampleur de Cold War, du même boug, en Compétition en 2018.
Après un demi Coca complice sur la terrasse des journalistes où, à 17h45, ça se met allègrement des ristretto dans la tronche pour tenir jusqu’à la Séance de minuit (hérésie, on sait bien désormais que le sommeil perdu ne se rattrape JAMAIS), nous revoilà repartis pour un tour avec Histoires parallèles d’Asghar Fahardi. Manifestement tourné à toute vitesse Boulevard Saint-Martin, en effaçant en post-prod les habituels cyclistes fous à la sonnette intempestive, avec tout ce que le cinéma français compte de jeunes talents (Isabelle Duper, la Catoche, Vincent Cassetout, Pierre Miney et compagnie…), ce quatrième film de la Compétition n’aura pas manqué de déclencher l’irritation franche de notre voisin de siège, excédé par cette vague histoire de voyeurisme qui prend plus les atours d’une parodie que des drames auxquels le cinéaste iranien nous avait habituée jusque-là. Vincent Cassel dans le rôle d’un mec jaloux, méfiant, indifférent aux violences faites aux femmes, c’est quand même pépite…
En tout cas, on sent que les réalisateurs de la Sélection officielle (et ceux qui les programment) ont tous bien reçu le mémo sur leur male gaze qu’on n’en peut plus, et que ça les travaille. Mais bon pas le time d’attendre leur déconstruction de Dinosaurus là ; on est allés taper dans le dur au Certain Regard qui présentait hier l’excellent second long de Manuella Martelli. Dégel s’installe dans une station de ski en 1992, au moment où le Chili (dont la cinéaste est originaire) ouvre son pavillon à l’Exposition universelle de Séville avec un monumental iceberg transporté depuis l’Antarctique, symbole d’un pays ayant tourné la page de la dictature. Un film d’horreur agrippé au regard sidérant de sa jeune héroïne, où se raconte la survivance de l’impérialisme et une résistance amenée par le féminin. Autre grand amour issu du monde hispanophone rencontré sur les écrans du passé (hier, si loin déjà) : Viva de l’actrice et réalisatrice espagnole Aina Clotet, présenté à la Semaine de la Critique, une dystopie fantasque et sensuelle qui embrasse le retour à la vie de son héroïne après un cancer du sein.
Et puis parce que ces chroniques ne s’écrivent pas un Magnum à la main comme on aimerait bien vous le faire croire, il a bien fallu faire l’impasse sur le showcase d’Angèle sur la plage du célèbre glacier et se rentrer pour débiter du texte, non sans avoir avalé un Gabin en bonne compagnie. Gabin, c’est à la fois le nom d’un burger végétarien vendu avec frites et thé glacé en-dessous de 20€ dans une rue random de Cannes, mais aussi du remarquable documentaire de Maxence Voiseux présenté à la Quinzaine des Cinéastes hier. Tout dans ce film d’une tendresse totale fait le choix du vivant – on pourrait presque croire à un plaidoyer vegan si on était un chouia de mauvaise foi – et regarde avec beaucoup de cœur ce qui se meut chez le jeune Gabin, que le réalisateur a suivi de ses 8 à ses 18 ans, tout autant que ses parents qui offrent un accès inouï à leur univers émotionnel. De quoi dormir sur nos deux oreilles en attendant la cavalcade du lendemain.
