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O Rio de Janeiro Continua Lindo de Felipe Casanova

À CLERMONT, COURTS EN TENSION

Par LAURA PERTUY

Propulsée dans un train sans étage vers la capitale des volcans, déjà à l’horizontal d’avoir tant de films visionnés depuis le début de l’année, votre fidèle correspondante cinéphile a engrangé sans se gaver – truffade exclue – des provisions pour l’hiver. Au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, c’est la compétition de films expérimentaux qui est venue rallumer ses mirettes ensommeillées. 

À commencer par une séance abordée dans des conditions de contorsionnisme niveau avancé, les jambes repliées sur un ventre malmené par les choppes englouties la veille à l’Univers, extensible point de chute de tout·e festivalier·e qui consent à passer la soirée dehors, par -5 degrés, pour du chit chat énergique sous bière tiède. Mais quel choc que de se prendre le nouveau court métrage de Randa Maroufi en fin de programme, le dos terminé par un siège qui te gratte le sacrum omax et l’âme renversée par ta voisine qui ne se remet pas du film d’avant. L’mina – déjà remarqué à la Semaine de la Critique l’an dernier – reconstitue l’actuel puits de charbon de Jerada, au Maroc, officiellement fermé bien que tout aussi officieusement occupé par des travailleurs qui jouent ici leur propre rôle. Au gré d’un dispositif saisissant, qui permet d’observer leurs déplacements de manière frontale, la cinéaste franco-marocaine signale le péril, offre un regard consenti et visibilise des tâches souterraines d’une pénibilité extrême qui permette au monde la lumière.

Rattrapée par les larmes de la voisine, elle-même en origami sur son tape-cul pendant 2h, on repense au couteau dans le cœur porté par O Rio de Janeiro Continua Lindo de Felipe Casanova, sa façon de faire exister très fort – sous des atours de fiction puis dans un réel pénétrant – une mère que la lutte vient extraire de l’écrasant deuil de son fils, victime de violences policières. On se retrouve plus tard, un cookie matcha émietté dans le sac et l’accred’ luisante de gel hydroalcoolique, en salle Horizon où le programme L4 vient plier le game sans effort avec une panoplie de courts disjonctés. Comme en un sadique clin d’œil à la séance du matin, l’animation Boundaries de Seun Yee regarde, inspiré, l’aisance des uns écraser la quiétude des autres dans un savant jeu graphique où repousser les murs pour trouver sa place. Déclaration bouleversante à un ami évaporé, Murewa de Ché Scott-Heron Newton, offrait, lui un bel écho au premier court de la curatrice d’art et autrice Hélène Giannecchini, sur la photographe Donna Gottschalk et sa constellation d’amies perdues.

Hors « labo », on s’est régalé de l’errance nostalgique, et puis tristoune, et puis joyeuse d’un jeune homme un peu duper pendant les J.O. de Paris, avec Du pain et des jeux de Judith Longuet-Marx et Léa Tarral. Où l’on se bricole de quoi survivre au monde dans un contexte qui rend zinzin et dont on ressort avec une furieuse envie d’embrasser l’Univers.