L’invention du premier appareil à photographier les rêves revient à deux Français. Leurs clichés ont troublé les scientifiques et fasciné l’inventeur de l’abstraction.
Murnau, février 1913. Vassily Kandinsky s’est enfermé dans l’atelier de sa maison, en Bavière. Comme en proie à une nervosité incontrôlable, il se penche puis recule pour observer la toile qu’il a sous les yeux. Le long travail qu’a réclamé jusqu’ici la réalisation de son œuvre Composition VI est sur le point de s’achever. S’il parait si préoccupé, c’est parce qu’en réalité un tout autre type d’images l’obsède. Des “photographies de rêves” qu’auraient réussi à capturer deux Français : le militaire Louis Darget et le médecin Hippolyte Baraduc. Àses yeux, ces images symbolisent l’union tant attendue entre l’art et l’occultisme. Mais encore lui faut-il connaître la méthode par laquelle ces clichés ont été obtenus. Telle est la mission confiée à son ami sculpteur Arnold Rönnebeck, installé à Paris. Après plusieurs semaines d’enquête, ce dernier vient enfin de se procurer l’adresse du commandant Darget. Lors de son arrivée au 11 rue de la Glacière, il est immédiatement happé par l’atmosphère des lieux. Comme il le confiera plus tard à Kandinsky, l’accès au “cabinet fluidifié” du militaire se mérite. Quasi vierge de toute présence humaine, l’endroit, plongé dans un silence monacal, ressemble à un véritable sanctuaire. De l’aveu même de son propriétaire, l’édifice serait doté de pouvoirs magiques qui favoriseraient les “apparitions” constatées sur ses plaques photographiques. Sous le regard fier de son hôte, Rönnebeck est comme aimanté par les milliers de clichés qui tapissent les murs.
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