Siècle après siècle, les peintres, à doux renfort d de cyan, d’outremer, de cobalt ou de bleu de Prusse, tentent de retenir la nuit.
“Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi.” Cette supplique du Christ à la veille de sa Passion résonne au coeur de la nuit à Gethsémani. Une nuit d’angoisse, de prières, de soliloques vers le ciel étoilé, une nuit de solitude, les trois compères du Sauveur sombrent à trois reprises dans le sommeil. Dans une bataille avec lui-même, le fils de l’Homme, informé de son destin funeste, doute dans la nuit noire. El Greco la repousse au fond du tableau et le plonge dans des couleurs phosphorescentes caractéristiques de sa manière. Pierre, Jacques et Jean assoupis et sculpturaux au premier plan, le Christ à genoux au second paraît alors d’autant plus isolé et fragile. L’ange vêtu d’un blanc immaculé contrastant avec la tunique charnelle en laque de garance de son interlocuteur tient sereinement à la main le calice doré symbole des souffrances à venir. Dans le fond du tableau, à droite, se dessinent déjà les silhouettes des soldats conduits par Judas sous la lumière d’une Lune qui déchire le ciel sombre entre deux nuages. De la nuit de la Nativité à celle de l’agonie au mont des Oliviers, on retrouve très peu d’occurrences nocturnes dans la vie du Christ et, donc, dans la peinture occidentale avant le xixe siècle. L’apport de Copernic en 1543 et les confirmations scientifiques de Galilée ou de Kepler trouvent peu de traces dans le corpus artistique.
*Cet article est issu de notre numéro d’hiver 2025. Pour ne manquer aucun numéro, vous pouvez également vous abonner.*
