Après Venise, Buccellati déploie son faste à Shanghai. Du 7 décembre au 5 janvier, la Maison italienne transforme le Shanghai Exhibition Center en écrin immersif, célébrant un siècle d’excellence entre tradition Renaissance et création contemporaine.
Il y a dans l’histoire de Buccellati quelque chose qui défie le temps. Cette façon de faire dialoguer l’or avec la lumière, comme si chaque bijou conservait la mémoire des ateliers florentins. Lorsque Gabriele D’Annunzio surnomma Mario Buccellati “Le Prince des Orfèvres” en 1936, le poète ne se doutait pas que ce titre traverserait presque un siècle pour devenir celui d’une exposition magistrale.
Après le succès triomphal de Venise en 2024, Shanghai accueille cette nouvelle édition avec une résonance particulière. Dix ans après l’arrivée de Buccellati en Chine, la Maison revient avec l’ambition de révéler son coeur : une alchimie rare entre respect du geste ancien et regard contemporain. Car entre la Chine et Buccellati, il existe cette même dévotion pour la précision, la patience et la beauté héritée.
La scénographie, pensée par Balich Wonder Studio et orchestrée par la commissaire Alba Cappellieri, se lit comme une partition fluide. Le prologue s’ouvre sur la métamorphose : quatre broches papillon créées par quatre générations Buccellati, symbole d’un héritage qui se transmet sans jamais se figer. Puis, dans un cabinet reconstitué, la mémoire intime de la famille se dévoile: photographies sépia, documents d’archives, objets personnels, rappelant que derrière l’éclat, il y a une lignée qui a fait de l’excellence une véritable vocation.
Le parcours s’élargit ensuite aux Manmade Wonders : pochettes vintage et clutchs contemporains, poudriers aux incisions architecturales, boîtes en argent inspirées de motifs Renaissance, jusqu’aux mythiques coupes de Boscoreale qui relient Rome, Milan et Shanghai dans un même souffle. Mais c’est dans les Merveilles Naturelles que l’émotion se fait palpable. Une salle immersive où arches projetées, fleurs et feuilles d’argent suspendues composent un jardin onirique. Les célèbres Furry Animals semblent s’animer, tandis que les vases Murano créés avec Venini captent la lumière comme des fragments de lagune vénitienne.
Un corridor kaléidoscopique conduit enfin au coeur du savoir-faire : outils, gestes et techniques se reflètent à l’infini avant la projection du film de Yuri Ancarani, hommage contemplatif à la collection Mosaico. Le dernier acte se joue dans la Galerie des Icônes, espace métaphysique où colonnes blanches et projections immersives révèlent un siècle de chefs-d’oeuvre, de 1920 à nos jours. Dans cette ville où le futur se construit à vitesse vertigineuse, Buccellati vient rappeler une vérité simple : la beauté véritable ne se fabrique pas, elle se cultive. Shanghai contemplera ce miracle, celui d’un artisanat qui traverse les époques comme ces papillons de métal précieux, fragiles en apparence, éternels en essence.







