×
Le fakir Frank Pepper qui savoure une tasse de thé dans sa cuisine londonienne en 1964

ÇA SOUFI

Par VIOLAINE ÉPITALON

Né de l’orientalisme et du goût pour les sciences occultes, le néo-fakirisme à l’européenne fait rage de la Belle Époque aux Swinging Sixties. Retour sur un curieux fétichisme.

“Dans l’ennui, venez à lui: Fakir Birman” fanfaronne une petite annonce du journal L’Intransigeant en 1932. À partir des années 1880, en France et partout en Europe, des noms aux consonances orientales inondent les encarts publicitaires de journaux et les devantures des salles de music-hall. Inspirés par leurs confrères hindous, les néo-fakirs européens se servent d’abord de leur corps comme terrain de jeu. Tout ce qui tourne autour de l’insensibilisation à la douleur est exploité. Dans la première partie du xx° siècle, le fakir suédois Mr. Swing (Kjell Swing) s’allongeait sans broncher sur un lit de clous, tandis que l’artiste et chanteuse Gunilla af Halmstad s’assied sur son ventre. Le fakir néelandais Mirin Dajo (Arnold Gerrit Henskes) perçait toutes les parties de son corps – il est souvent représenté une lame d’escrime lui traversant le thorax. D’autres se font rouler dans des tonneaux remplis de tessons de verre, grimpent pieds nus des échelles de sabres, sautent sur des plaques de métal garnies de clous. Dès 1910, le fakir Habu, appelé l’homme à la langue d’acier, soulève des “poids considérables” – comme un tonneau de bière – à l’aide d’une corde et d’un crochet de boucher planté au milieu de la langue. En 1951, le fakir Terano, reproduit une expérience similaire en tractant une voiture grâce à ce même muscle.

“Dans l’ennui, venez à lui: Fakir Birman” fanfaronne une petite annonce du journal L’Intransigeant en 1932. À partir des années 1880, en France et partout en Europe, des noms aux consonances orientales inondent les encarts publicitaires de journaux et les devantures des salles de music-hall. Inspirés par leurs confrères hindous, les néo-fakirs européens se servent d’abord de leur corps comme terrain de jeu. Tout ce qui tourne autour de l’insensibilisation à la douleur est exploité. Dans la première partie du xx° siècle, le fakir suédois Mr. Swing (Kjell Swing) s’allongeait sans broncher sur un lit de clous, tandis que l’artiste et chanteuse Gunilla af Halmstad s’assied sur son ventre. Le fakir néelandais Mirin Dajo (Arnold Gerrit Henskes) perçait toutes les parties de son corps – il est souvent représenté une lame d’escrime lui traversant le thorax. D’autres se font rouler dans des tonneaux remplis de tessons de verre, grimpent pieds nus des échelles de sabres, sautent sur des plaques de métal garnies de clous. Dès 1910, le fakir Habu, appelé l’homme à la langue d’acier, soulève des
“poids considérables” – comme un tonneau de bière – à l’aide d’une corde et d’un crochet de boucher planté au milieu de la langue. En 1951, le fakir Terano, reproduit une expérience similaire en tractant une voiture grâce à ce même muscle.

LES ENSEVELIS VIVANTS

Dans les années 1950, le fakir Scarah Bey, “grand prêtre d’Isis” (à qui l’on prêtait un accent du Midi et qui le justifiait par sa naissance dans le Sud égyptien), allait jusqu’à proposer au public de participer à ses exploits en déclarant: “Je vais vous représenter maintenant, le martyre de saint Sébastien. La préfecture de la Seine, m’ayant interdit de me servir d’arc et de flèches, m’a autorisé à employer les banderilles! À vous, monsieur!” Scarah Bey s’enfouissait aussi sous 1500 kilos de sable. Ces catalepsies pouvaient durer entre dix et trente minutes, voire plusieurs jours pour certains claustro-philes, comme le fakir Tokah qui resta cinq jours enseveli et perdit cinq kilos durant cette expérience. Pour pimenter l’acte, l’intrépide fakir français Burmah (de son vrai nom Roger Lucien Brun) décida de s’enfermer dans une boîte en verre avec, pour colocataires, des vipères.

À Nantes, en 1958, pour battre le record du monde de jeûne hydrique, la vedette mondiale y reste enfermée 108 jours et 4 heures ! Le 1er janvier 1958, alors qu’il macère dans sa boîte depuis le 19 décembre, un journaliste d’Ouest- France l’interroge :
– Toujours en forme ?
– Un peu fatigué quand même, surtout par le manque de sommeil.
– Vous avez fait un bon réveillon ?
– C’est-à-dire que cela a manqué de hors-d’oeuvre, de plat de résistance et de dessert.

*Cet article est issu de notre numéro d’automne 2025. Pour ne manquer aucun numéro, vous pouvez également vous abonner.*